Miami, Floride – L’homme d’affaires haïtien Reginald Boulos a été arrêté le jeudi 17 juillet 2025, vers midi, par des agents de l’immigration américaine (ICE), selon des informations obtenues par Le Nouvelliste auprès de sources proches du dossier. Officiellement interpellé pour des irrégularités migratoires, Boulos serait en réalité impliqué dans une affaire bien plus grave, en lien avec l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse, survenu en juillet 2021, ainsi que dans des actes de déstabilisation en Haïti en collaboration présumée avec des gangs armés.

Un homme d’affaires au parcours impressionnant
Né en 1956 à New York et médecin de formation, Reginald Boulos est devenu l’un des entrepreneurs les plus influents d’Haïti. Fondateur du groupe RBoulos, il est à l’origine de plusieurs entreprises majeures telles que le supermarché Delimart, le concessionnaire automobile Autoplaza (représentant officiel de Nissan en Haïti) ainsi que de l’hôtel NH El Rancho, restructuré et rouvert en 2013. Il a également pris part à la vente de véhicules au gouvernement, à la relance du journal Le Matin, et a dominé le marché des équipements de construction sous le mandat du président Jovenel Moïse. Ancien président de la Chambre de commerce d’Haïti, Boulos est reconnu pour son rôle central dans le secteur privé haïtien.
Un engagement politique controversé
En 2019, Reginald Boulos renonce à sa nationalité américaine pour se consacrer à la politique et fonde MTVHaïti, un parti centriste se voulant porteur de renouveau et d’alternance démocratique. Toutefois, son implication dans la vie politique haïtienne suscite des controverses. Il est régulièrement critiqué pour ses rapports jugés ambigus avec certains groupes armés, et accusé d’avoir contribué même indirectement, à la polarisation du climat politique dans le pays.
Une arrestation discrète, mais stratégique
L’intervention de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) s’est déroulée à Miami, où Boulos réside depuis plusieurs mois. Selon les premières indications, il aurait été transféré dans un centre de rétention fédéral en Floride. Les autorités n’ont pas donné de détails précis, mais son arrestation aurait été coordonnée avec d’autres agences fédérales, notamment le FBI et le Department of Homeland Security (DHS).
« Ce n’est pas une simple affaire de visa ou de formulaire mal rempli », commente un ancien agent de l’ICE. « L’arrestation de Boulos s’inscrit dans un contexte judiciaire bien plus large. »
Officiellement : une affaire d’immigration
Selon les documents administratifs en circulation, Boulos aurait dissimulé des informations essentielles dans sa demande de résidence permanente, notamment :
- Son rôle actif dans la politique haïtienne, en tant que fondateur du parti MTVHaïti ;
- Des activités économiques non déclarées aux États-Unis, via des sociétés-écrans ;
- Et surtout, son ancien statut de citoyen américain, auquel il a renoncé en 2019 afin de pouvoir se présenter à la présidence en Haïti.
Sur le plan purement légal, ces omissions constituent une fraude migratoire, suffisante pour entraîner son arrestation, sa détention et une éventuelle expulsion.
Mais l’affaire ne s’arrête pas là.
En toile de fond : l’ombre de Jovenel Moïse
En toile de fond : l’ombre de Jovenel Moïse
Des sources fédérales non officielles indiquent que l’arrestation de Boulos est liée à l’enquête américaine sur l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, tué dans sa résidence privée à Port-au-Prince dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021.
Plusieurs éléments troublants émergent :
- Des transferts financiers suspects, effectués depuis des comptes liés à Boulos, ont été repérés dans les mois précédant l’assassinat.
- Le nom de Boulos figurait dans des conversations cryptées, extraites des téléphones de suspects colombiens arrêtés dans l’opération.
- Il aurait participé à des réunions à Miami au printemps 2021, en présence de figures politiques et économiques soupçonnées d’y être impliqués.
Ces éléments ne constituent pas encore des preuves irréfutables, mais selon un analyste fédéral américain :
« L’administration Trump suit cette affaire de près. Boulos pourrait être une pièce maîtresse d’un réseau beaucoup plus vaste. »
Une double procédure en cours
1. Procédure migratoire :
- Détention administrative sans caution ;
- Audience prévue dans les 30 jours ;
- Risque d’expulsion avant décembre 2025 si aucune inculpation fédérale n’est prononcée.
2. Enquête criminelle :
- Suivi par le FBI, la DEA et le DOJ ;
- Soupçons de blanchiment d’argent, conspiration, financement de groupes armés et complicité indirecte dans un assassinat politique ;
- Possibilité d’inculpation d’ici fin 2025 si les accusations sont avérées.
Réactions nationales et internationales
- En Haïti, le parti MTVHaïti a dénoncé une « arrestation politique » orchestrée par « les ennemis de la démocratie ».
- Des ONG de droits humains saluent une « avancée contre l’impunité des élites haïtiennes ».
- Le gouvernement haïtien quant à lui, observe prudemment, tout en réclamant des informations officielles sur le dossier.
Une affaire d’État ?
Si les soupçons se confirment, Boulos pourrait devenir le premier grand nom de l’oligarchie haïtienne, à être jugé aux États-Unis pour son implication directe ou indirecte dans un acte politique majeur. L’affaire pourrait aussi faire tomber d’autres têtes impliquées dans le financement, ou la planification de l’assassinat de Jovenel Moïse.
L’arrestation de Reginald Boulos dépasse de loin le simple cadre d’une affaire d’immigration. Elle s’inscrit dans une dynamique de répression judiciaire internationale contre les réseaux politico-financiers impliqués dans la déstabilisation d’Haïti. Si les accusations criminelles se concrétisent, l’affaire pourrait changer à jamais le visage de la justice haïtienne et des relations Haïti–USA.
L’arrestation de Reginald Boulos par les autorités américaines : justice légitime ou instrumentalisation politique d’une puissance étrangère?


