Dans la nuit du 17 au 18 juin, Moscou a été la cible de l’une des plus importantes attaques de drones depuis près deux ans. Le ministère russe de la Défense russe affirme avoir neutralisé 500 appareils ukrainiens au-dessus du territoire russe. Selon l’agence Tass, Moscou a été visé par près de 200 drones, faisant au moins 17 blessés, dont deux enfants.

Une campagne ukrainienne contre les infrastructures pétrolières
Au lendemain de l’attaque, dans la matinée, le ciel de Moscou était encore chargé de fumée noire. Cette attaque particulièrement intense s’inscrit dans une stratégie ukrainienne contre les infrastructures pétrolières russes, qui représentent un levier important pour le Kremlin dans sa capacité à financer son effort de guerre.
L’une des cibles principales de Kiev est le complexe industriel de Kapotnya, situé à 15 km au sud du Kremlin. Pour James Anderson, spécialiste du secteur pétrolier russe à l’Oxford Institute for Energy Studies, cette installation est un site important pour les besoins énergétiques de toute la région.
D’autres infrastructures énergétiques ont été touchées par les frappes ukrainiennes. La plus grande raffinerie privée du pays, celle d’Antipinsky, située en plein cœur de la chaîne montagneuse de l’Oural, a également été touchée. Mais aussi la raffinerie de pétrole de Gazprom Neft, située dans la banlieue sud-est de Moscou. Sans compter les sites pétroliers de Saint-Pétersbourg, qui ont été attaqués durant le forum économique de Saint-Pétersbourg.
Une stratégie multidimensionnelle
Plusieurs observateurs soutiennent que le but de ces attaques est d’abord d’ordre psychologique. Il s’agit de démontrer aux citoyens russes que la guerre démarrée par Vladimir Poutine les affecte personnellement. Elles visent aussi à épuiser économiquement la Russie. Les installations pétrolières sont un important levier pour les efforts de guerre russe.
Selon James Anderson, la production a baissé de 600 000 barils par jour entre mai 2025 et mai 2026, ce qui équivaut à une réduction non négligeable de 12%. Plusieurs sites ont dû fermer temporairement ou tourner au ralenti en attendant des réparations. La Crimée n’est pas exemptée de cette campagne. Kiev y a bombardé plusieurs raffineries, et coupé les routes permettant l’acheminement du carburant vers la péninsule.
L’Ukraine peut-elle vraiment affaiblir la Russie ?
Malgré l’observation de pénuries ponctuelles de carburant à la pompe, et de longues files d’attente, Petras Katinas, spécialiste du secteur pétrolier russe au Royal United Services Institute, un cercle de réflexion britannique, reste prudente. Elle souligne que les capacités de production russes restent bien supérieures à leurs besoins. Plusieurs usines restent en dehors des portées des tirs ukrainiens, et Moscou a une certaine potentialité à réparer les infrastructures endommagées.
En outre, Moscou a d’autres sources d’approvisionnement. Il peut s’appuyer sur la Biélorussie ou le Kazakhstan, afin d’augmenter sa production et fournir davantage d’hydrocarbures à sa population et à son armée. D’un autre aspect, l’Ukraine met en lumière des faiblesses flagrantes de Moscou, en améliorant nettement sa capacité à mener des attaques en profondeur sur le territoire russe.
Reste désormais à savoir, si le Kremlin privilégiera l’approvisionnement en carburant de la population civile ou les besoins de son armée.


