L’offensive lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran rentre ce mardi 3 mars dans sa quatrième journée. Déclenchée unilatéralement par Washington et Tel-Aviv, et en totale violation du droit international, cette offensive menace d’embraser l’ensemble du Moyen-Orient, et de rebattre les cartes de la géopolitique de la région. Donald Trump a évoqué une guerre de quatre à cinq semaines tout au plus.

Le bilan humain provisoire fait état de 555 morts sur le sol iranien, de six soldats américains tués, ainsi que de quelques dizaines de morts en Israël, et dans les pays arabes abritant des bases américaines, visés par les missiles de représailles iraniens.
Quelles sont les réelles portées de ce conflit dans la géopolitique du Moyen-Orient?
Le guide suprême iranien tué par des frappes américano-israéliennes
Ce samedi 1er mars, le président américain a annoncé la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei. Quelques heures plus tard, la télévision iranienne a confirmé sa mort. Suite à son décès, le gouvernement iranien a promis de fortes représailles contre les États-Unis et Israël.
Téhéran a ainsi continué sa riposte, et a lancé plusieurs missiles en direction de Tel Aviv, et des alliés des américains dans la région. Malgré le dôme de fer israélien, plusieurs missiles ont atteint leurs cibles en Israël.
Des objectifs communs affichés
Dans ses nouvelles déclarations, Donald Trump appelle les soldats iraniens à déposer les armes, leur promettant une immunité totale ou une mort certaine. Il a également incité les Iraniens à être audacieux et à renverser le régime, assurant que l’Amérique se tiendrait à leur côté. Les objectifs affichés de cette guerre consistent à détruire la capacité de militarisation de l’Iran.
Washington et Tel-Aviv, dont le discours est similaire, annoncent des frappes préventives afin de détruire les capacités d’armes de l’Iran à posséder l’arme nucléaire, et à détenir des armes de longue portée. Selon Donald Trump, de telles capacités nuiraient aux intérêts américains, et représenteraient une menace pour le monde. Les États-Unis affirment avoir détruit plus de 1000 postes de commandement, et anéanti la défense aérienne, l’armée de l’air et la marine du commandement iranien.
Les autorités israéliennes affirment s’en prendre au commandement militaire iranien, en ciblant les centres opérationnels des gardiens de la révolution. Toutefois, selon la Croix-Rouge iranienne, plusieurs civils ont été tués, et une frappe a fait des centaines de morts dans une école de filles au sud du pays. Par ailleurs, Israël a également déclenché des opérations au Liban. Selon le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, ces opérations visent à détruire la force de frappe du Hezbollah.
Les européens au garde-à-vous derrière Trump
Plusieurs pays européens dont la France, l’Allemagne, et le Royaume-Uni ont tenu des positions ambiguës sur les attaques américaines et israéliennes. Prenant la même posture qu’ils avaient prise sur le dossier vénézuelien, ils n’ont pas fermement condamné la violation des règles du droit international par Donald Trump. A demi-mot, ils semblent de plus en plus intéressés à y prendre part.
Le président français, Emmanuel Macron, au premier jour de la guerre, sans tenir compte du lancement de cette attaque par Washington et Tel-Aviv, a apporté son soutien aux pays arabes frappés par les missiles iraniens. Il a déclaré se tenir prêt à défendre les pays arabes frappés dans une guerre qu’ils n’ont pas cherchée. Macron a également appelé l’Iran à mettre fin à ses ripostes, un rappel à l’ordre jugé insensé par plusieurs observateurs.
Le discours des européens rejoint une politique de deux poids deux mesures affichée depuis longtemps par les pays occidentaux. Il confirme une approche sélective du droit international, qui consiste à pointer du doigt l’agresseur dans une situation, et à pointer dans un autre cas la victime.
Des buts de guerre qui laissent à désirer
Cette nouvelle offensive déclenchée par les Etats-Unis laisse à désirer sur ses intentions réelles. Elle intervint moins d’une année après une première salve d’attaques orchestrée par les autorités américaines et israéliennes contre le régime iranien. A l’issue de l’attaque menée en juin 2025, Donald Trump avait assuré avoir détruit les capacités nucléaires iraniennes pour des décennies. Plusieurs centres opérationnels de commandement militaires et sites nucléaires iraniens avaient été visés, notamment Natanz, Fordo et Ispahan. Cette attaque soulevait déjà des questions quant à l’imminence réelle d’une attaque iranienne contre les alliés américains, ce qui était l’argument clé évoqué par les agresseurs.
La reprise des hostilités déclenchée encore une fois par les mêmes protagonistes amène, et ce à juste titre, plusieurs observateurs à s’interroger de nouveau. Si les capacités de militarisation de l’Iran ont déjà été anéanties, d’où ces nouveaux objectifs annoncés puisent-ils leurs fondements.
Avec le retour de Donald Trump au pouvoir, les relations internationales semblent être à nouveau dictées par la puissance, en dehors des mécanismes prévus par l’article 51 de la charte de l’ONU, et des principes du droit international. Ce changement bouleverse l’ordre international établi d’après la Seconde Guerre mondiale.
Une relation structurellement farouche entre Washington et Téhéran
Depuis la révolution iranienne de 1979, les relations entre Washington et Téhéran sont marquées par une hostilité structurelle. La révolution visait à se débarrasser de l’impérialisme américain, en renversant le régime des Pahlavi, soutenu par les occidentaux. Les suites de cette révolution ont amené au pouvoir les Mollahs. Le pays est depuis l’un des rares de la région à ne pas s’aligner sur le bloc américano-israélien.
Un conflit aux enjeux géopolitiques majeurs pour le Moyen-Orient
Riche en pétrole, l’Iran est une puissance régionale majeure. Le pays est aussi un acteur clé du détroit d’Ormuz, par lequel transite 20% du commerce pétrolier mondial. Par jour, près de 20 millions de barils de pétrole y transitent, et un tiers des engrais mondiaux dépendent de ce détroit.
Selon certains observateurs, les raisons de ce conflit dépassent largement celles invoquées. En faisant une analyse de la géopolitique du Moyen-Orient, les raisons de cette guerre semblent multiples et imbriquées. Parmi elles figure la perspective d’un changement de régime, plus favorable aux intérêts américains. Une telle évolution conférerait aux États-Unis un levier stratégique sur des ressources énergétiques contrôlés actuellement par l’Iran.
Une autre dimension à considérer consiste en la volonté américaine de contenir l’influence régionale et les capacités militaires de Téhéran. Un État expressément non aligné sur les américains, dans une région où l’instabilité est d’usage. L’émergence d’un tel pays, affirmant son autonomie stratégique, et refusant toute ingérence dans sa politique intérieure et extérieure, s’avère être un défi direct aux décideurs américains. Du point de vue géopolitique, une victoire américaine consoliderait leur primauté, et renforcerait leur capacité de dissuasion face aux puissances concurrentes.
Quelles conséquences probables pour les iraniens?
En ce qui concerne l’Iran, les changements de régime par la force n’ont jamais amélioré les conditions de vie des Iraniens. Au vu des complexités du pays, et de sa composition sociale, religieuse et politique, le renversement d’un régime par la force a plus de chance de créer un vide institutionnel qui pourrait se révéler encore plus fatal pour le peuple iranien.
Samuel Mintor


