Port-au-Prince, 29 juillet 2025 – Face à l’augmentation dramatique du nombre de déplacés internes (PDI) en raison de la recrudescence de la violence armée, le Gouvernement haïtien a présenté, ce mardi, sa stratégie nationale de réponse humanitaire lors de la 19e édition des Mardis de la Nation, organisée à la Primature.
Le ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de la Solidarité et des Affaires humanitaires, Herwil Gaspard, a exposé les trois axes prioritaires de cette intervention, soulignant la nécessité d’une approche à la fois urgente, inclusive et durable.

Une réponse étatique en trois volets
Le plan gouvernemental se structure autour de trois piliers interdépendants : une présence accrue des institutions publiques dans les zones d’accueil, des solutions de relogement dignes, et des initiatives d’insertion socio-économique visant l’autonomisation des déplacés.
1. Renforcement de la présence institutionnelle
Plusieurs institutions publiques ont été mobilisées afin d’assurer des services de base aux déplacés internes :
Le FAES (Fonds d’assistance économique et sociale) assure la distribution de repas chauds ;
La DINEPA (Direction nationale de l’eau potable et de l’assainissement) s’occupe de l’approvisionnement en eau ;
L’ONM (Office national des migrations) coordonne l’enregistrement et le suivi administratif des PDI ;
Le MSPP (Ministère de la Santé publique et de la Population) dispense les soins de santé et les services sanitaires.
2. Relogement par subvention locative
Dans une logique de dignité et de décompression des camps, le Gouvernement a lancé un programme de chèques de subvention locative. Celui-ci vise à permettre aux familles déplacées de quitter les sites de fortune et de s’installer dans un environnement plus stable, notamment dans des logements à louer.
3. Insertion socioéconomique et relèvement durable
Pour accompagner les PDI, ainsi que les personnes refoulées ou déportées (notamment de la République dominicaine ou des États-Unis), l’État entend favoriser l’autonomie par :
Des activités génératrices de revenus (AGR),
Des formations qualifiantes, en partenariat avec l’Institut national de la formation professionnelle (INFP).
Cette dynamique englobe également les jeunes des camps, qui doivent devenir des acteurs du relèvement, plutôt que de simples bénéficiaires d’assistance.
Une crise humanitaire d’ampleur nationale
Selon les derniers chiffres de la Direction générale de la Protection civile (DGPC), plus d’un million de personnes sont actuellement déplacées sur l’ensemble du territoire national. Parmi elles, environ 180 000 vivent dans des camps, principalement dans les départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre.
Les causes de ces déplacements sont majoritairement liées aux affrontements entre groupes armés, à l’insécurité généralisée et aux expulsions forcées. Comme l’a précisé le ministre Gaspard :
« Ces familles n’ont pas fui une catastrophe naturelle. Elles ont été chassées de leurs maisons par la terreur des armes. »
Une volonté de rupture avec l’assistanat
Le discours gouvernemental met l’accent sur la nécessité de sortir de la logique de dépendance humanitaire. Le ministre Gaspard a affirmé que l’aide, bien qu’essentielle, ne saurait suffire à résoudre les racines de la crise. L’ambition est de briser le cycle de vulnérabilité, tout en réduisant l’exposition des jeunes aux recrutements par les gangs armés.
Le programme PREJEUNES, lancé le 4 juillet dernier, s’inscrit dans cette dynamique. Il vise à offrir des alternatives concrètes à la jeunesse, à travers des opportunités de formation, d’emploi, et d’insertion socioprofessionnelle.
Une réponse humanitaire avec une visée politique
Au-delà de la gestion de l’urgence, la stratégie gouvernementale s’inscrit dans un objectif plus large : restaurer un climat de confiance et de stabilité, préalable à l’organisation d’élections crédibles. Le ministre a insisté sur la dimension préventive et sécuritaire de l’action publique, affirmant la volonté de l’État de couper les liens entre détresse sociale et violence armée.
Face à une crise humanitaire d’une ampleur inédite, le Gouvernement haïtien affirme sa volonté de structurer sa réponse autour de l’inclusion, de la dignité et de la résilience. Reste à observer, dans les semaines à venir, la mise en œuvre effective de ces engagements sur le terrain et leur impact sur les conditions de vie des personnes déplacées.


