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Ouverture du procès fédéral sur l’assassinat de l’ancien président haïtien, Jovenel Moise

Ce lundi 9 mars 2026, la sélection des 12 jurés a marqué l’ouverture du procès fédéral lié au complot ayant conduit à l'assassinat du président haïtien, Jovenel Moïse. Quatre hommes sont mis en accusation, Arcangel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, Walter Veintemilla et James Solages. Ils font face à des chefs d'accusation incluant le complot, l'enlèvement et l'assassinat. Les accusés risquent la prison à perpétuité. Ils ont plaidé non coupables. L’assassinat de l'ancien président haitien, survenu le 7 juillet 2021 dans sa résidence présidentielle à Pèlerin 5, a plongé Haïti dans une profonde crise politique, institutionnelle et sécuritaire.

Ce lundi 9 mars 2026, la sélection des 12 jurés a marqué l’ouverture du procès fédéral lié au complot ayant conduit à l’assassinat du président haïtien, Jovenel Moïse. Quatre hommes sont mis en accusation, Arcangel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, Walter Veintemilla et James Solages. Ils font face à des chefs d’accusation incluant le complot, l’enlèvement et l’assassinat. Les accusés risquent la prison à perpétuité. Ils ont plaidé non coupables. 

Martine Moïse se recueille devant la dépouille de son mari Photo : Charly Amazan
Martine Moïse se recueille devant la dépouille de son mari/ Photo : Charly Amazan

L’assassinat de l’ancien président haïtien, survenu le 7 juillet 2021 dans sa résidence présidentielle à Pèlerin 5, a plongé Haïti dans une profonde crise politique, institutionnelle et sécuritaire. 

L’ancienne première dame, une témoin clé de cette affaire

Martine Moïse, l’ancienne première dame, a comparu ce 10 mars en tant que témoin. Agée de 51 ans, elle est une survivante de l’attaque ayant conduit à la mort de l’ancien président haïtien. Elle est également la seule témoin oculaire du drame. 

Au tribunal, elle s’est présentée solennellement en déclarant “je suis Martine Moïse, je suis Mme Jovenel Moïse, qui a été assassiné chez nous”. Submergée par les émotions, l’ancienne première dame a ensuite éclaté en sanglots.

A l’aide d’un interprète du créole haitien, elle a donné sa version des faits. Dans cette terrible nuit du 6 au 7 juillet, elle s’est endormie la veille à compter de 22 heures. A 1 heure du matin, des coups de feu tirés à l’extérieur de sa résidence l’ont réveillée. Se mettant à quatre pattes, elle s’est rendue dans la chambre de ses enfants, afin de les mettre en sécurité dans une salle de bain sans fenêtre. Ensuite elle a rejoint son mari dans la chambre principale située au deuxième étage, et ce dernier lui aurait demandé de se cacher. 

Toujours selon ses propos, des hommes armés ont fait irruption dans la chambre, en tirant de partout. Les assaillants s’exprimaient en espagnol, et elle a pu identifier deux d’entre eux surnommés “Pipe” et “Jefe”. Ils étaient à la recherche d’un document précis, relate-t-elle. Après leurs recherches, les malfrats ont tiré sur le président à bout portant, et ont fait une capture du corps. Quant à elle, elle explique avoir survécu en faisant semblant d’être morte. Elle a été traînée loin du lit par ses assaillants, avant d’être laissée à son sort. Plusieurs projectiles l’ont atteint notamment aux fesses, à la cuisse, au bras, au coude et une autre a effleuré sa poitrine. Elle a subi plusieurs interventions chirurgicales au Jackson Health System à Miami. Le président, quant à lui, a été tué sur le coup. Il a été touché par une douzaine de balles. 

Un témoignage remis en question par la défense

Le témoignage de l’ancienne première dame est remis en question par l’avocat de Ortiz, David Howard. Selon ce dernier, l’ancienne première dame aurait tenu deux versions différentes. Dans un premier temps, juste après l’assassinat, elle aurait déclaré au FBI que le tireur avait recherché le document dans la chambre avant de tuer son mari. Une version qui s’aligne sur ce qu’elle a déclaré au tribunal. 

Toutefois, deux semaines après les faits, elle aurait fait une déclaration selon laquelle les tireurs avaient cherché le document avant de lui tirer dessus. Une nuance qui a été mise en avant par l’avocat de la défense dans sa contre interrogatoire, relatée par le Miami Herald, et citée dans le Nouvelliste.

Quant aux procureurs fédéraux, ils établissent que les tireurs étaient venus pour assassiner le président, en s’appuyant sur les preuves balistique médico-légale. Dans un document judiciaire, il est relaté que des balles ou fragments de balles recueillis dans les cadavres du feu président, et de son épouse Martine Moïse, sont ceux d’un fusil d’assaut AR-15, appartenant aux mercenaires colombiens, plus précisément à l’équipe dite “Delta” chargée d’exécuter la mission.

Les procureurs ont pu identifier le surnommé Pipe comme étant un ancien soldat des forces spéciales colombiennes, dénommé Victor Albeiro Pineda Cardona. 

Qui sont les accusés ?

Selon des documents judiciaires, des planifications ont été faites dans le Sud de la Floride afin de renverser Jovenel Moïse, et de le remplacer par une personne choisie des conspirateurs. Les cerveaux de cet assassinat selon les enquêteurs sont les principaux dirigeants de l’Académie fédérale de l’unité antiterroriste et de la sécurité de l’unité antiterroriste (CTU). Arcangel Pretel Ortiz, colombien résident permanent des États-Unis, âgé de 53 ans, ancien informateur du FBI, et Antonio Intriago, vénézuélien américain propriétaire d’une entreprise de sécurité à Doral.

Les accusés précités se seraient associés à Walter Veintemilla, un équato-américain, âgé de 57 ans, dirigeant de la World Wide Capital Lending Group, une entreprise également basée dans le sud de la Floride. Il aurait, grâce à World Wide Capital, contribué au financement de l’opération à hauteur de 175 000 dollars. Un montant qui devait être affecté à l’achat des munitions. Quant à James Solages, il agissait en tant que représentant de la CTU en Haïti, et coordonnait ses activités.

Un assassinat aux objectifs pécuniers

En avril 2021, selon les documents judiciaires, les conspirateurs se seraient réunis afin d’étayer leur complot. Leur but? Remplacer le président élu par le peuple par une personne de leur choix, capable de mener à bien des activités dans leurs intérêts. Toujours selon les enquêteurs, les accusés ont alors jeté leur dévolu sur Christian Sanon, un haitiano-américain, accusé à côté des autres mais dont les problèmes de santé ont conduit à la disjonction de son dossier. 

Toutefois, après constat du défaut de qualification constitutionnelle, et du manque de soutien populaire de Sanon en Haïti, les conspirateurs ont changé leur candidat. Ils ont fait le choix de Wendelle Coq Thélot, ancienne juge de la Cour suprême, et vice-présidente du Conseil supérieur du Pouvoir judiciaire.

Une affaire qui secoue les institutions les plus importantes du pays

Cet assassinat a des implications profondes sur le système institutionnel haitien. A côté des juges de la Cour de Cassation, Yvickel Dieujuste Dabrézil et Joseph Mécène Jean-Louis, Wendelle fait partie de ce groupe mis illégalement à la retraite, dans un arrêté en date du lundi 8 février 2021, par le feu président Jovenel Moïse. Cette décision se justifiait sous la base d’une tentative de coup d’État. Toutefois, plusieurs secteurs voyaient en cette décision une mise en scène du président, en ce que ces juges étaient pressentis pour le remplacer à la fin de son mandat.

Wendelle Coq est décédée dans la nuit du 10 au 11 janvier 2025, alors qu’elle faisait l’objet d’un mandat d’amener. 

Plusieurs autres personnes sont condamnées dans cette affaire. Outre ceux qui sont poursuivis aux États-Unis, 17 anciens soldats colombiens et 3 responsables haïtiens sont inculpés en Haïti. L’enquête fait toutefois face à des entraves judiciaires et politiques. En février 2024, un juge d’instruction haïtien a inculpé Martine Moïse pour complicité et association de malfaiteurs dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de feu président. Des accusations que l’ ancienne Première dame rejette totalement.

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