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Martine Moïse : victime ou actrice d’un complot présidentiel ?

Dans une vidéo publiée sur YouTube le 7 juillet 2025, Martine Moïse, veuve de l’ex-président haïtien Jovenel Moïse, est revenue sur le drame survenu dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, lorsque son mari a été abattu à leur résidence de Pèlerin 5. Quatre ans après les faits, elle lui rend hommage, défend son bilan, et réclame toujours justice.

“Présente le soir du crime, absente au tribunal : l’étrange posture de Martine Moïse”

Port-au-Prince, mercredi 9 juillet 2025 – Dans une vidéo publiée sur YouTube le 7 juillet 2025, Martine Moïse, veuve de l’ex-président haïtien Jovenel Moïse, est revenue sur le drame survenu dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, lorsque son mari a été abattu à leur résidence de Pèlerin 5. Quatre ans après les faits, elle lui rend hommage, défend son bilan, et réclame toujours justice.

Martine Moïse, la veuve de l’ex-président Jovenel Moïse. (Photo publiée par @martinejmoise)
Martine Moïse, la veuve de l’ex-président Jovenel Moïse. (Photo publiée par @martinejmoise)

Cette nouvelle déclaration publique intervient deux ans après une interview exclusive accordée à France 24 en 2023, au cours de laquelle elle exposait déjà ses soupçons sur les motivations politiques et économiques derrière l’assassinat.

Un président qui défiait l’ordre établi

Dans son message du 7 juillet 2025, Martine Moïse a souligné les actions de son mari visant à servir le peuple haïtien, notamment en mettant fin à des contrats jugés léonins dans des secteurs clés comme l’énergie, les télécoms, les infrastructures ou encore la finance.

Ces décisions, selon elle, ont profondément dérangé des acteurs puissants, à la fois en Haïti et à l’étranger, et auraient provoqué l’organisation d’un complot destiné à le faire taire définitivement.

Martine Moïse avait salué des avancées dans son interview de 2023, tout en plaidant pour une juridiction internationale, estimant que la justice haïtienne n’avait ni l’indépendance ni les moyens pour mener une enquête crédible.

Une justice « au nom du peuple »… mais à distance

Si l’ancienne première dame clame vouloir la justice « pour le peuple haïtien », elle refuse toujours de collaborer avec la justice nationale, malgré son rôle central dans le dossier en tant que témoin oculaire du drame.

Son avocat, Me Emmanuel Jeanty, a justifié son absence répétée par des raisons de sécurité, évoquant « trois tentatives d’assassinat » dont elle aurait été victime. « Être témoin clé ne signifie pas mettre sa vie en danger », a-t-il déclaré, lors de son passage à l’émission Panel Magik ce 7 juillet 2025.

Des déclarations changeantes et troublantes

Depuis 2021, les déclarations de Martine Moïse sur les circonstances du meurtre ont connu plusieurs versions :

D’abord, elle affirmait ne pas avoir vu les assaillants à cause d’une lampe torche braquée sur elle ;

Ensuite, elle déclara s’être cachée sous le lit, n’ayant vu que les bottes des mercenaires ;

Aujourd’hui, elle affirme « avoir une idée » de l’identité des responsables, tout en préférant laisser « le soin aux enquêteurs de le dire ».

Ces variations n’ont pas manqué d’alimenter les soupçons et la méfiance, notamment de la part d’organisations de défense des droits humains comme le RNDDH dirigé par Pierre Espérance, qui déplore son refus de collaborer.

Ariel Henry, appels suspects et plaintes restées sans suite

Martine Moïse a déposé plainte contre le Premier ministre Ariel Henry, soupçonné d’avoir été en contact téléphonique avec Joseph Félix Badio, l’un des principaux fugitifs recherchés dans cette affaire. Les relevés fournis par Digicel ont confirmé plusieurs appels entre les deux hommes la nuit du meurtre. 

Martelly : la confidence muette

Interrogée sur une éventuelle implication de l’ex-président Michel Martelly, mentor politique de son mari, Martine Moïse avait préféré rester vague, se contentant de lâcher un sourire avant de déclarer : « La vérité éclatera un jour. »

Cette réponse a laissé la porte ouverte à toutes les spéculations, sans apporter d’éléments concrets.

Une nation entre deuil suspendu et méfiance

En 2025, Haïti reste profondément affectée par cette affaire non résolue. Dans un pays confronté à une triple crise – politique, humanitaire et sécuritaire – le manque de vérité alimente la frustration et l’impossibilité de tourner la page. Les lenteurs judiciaires, les silences sélectifs et les jeux d’influence empêchent toute forme de réconciliation nationale.

Quatre ans après le meurtre du président Jovenel Moïse, Martine Moïse demeure une figure énigmatique, oscillant entre veuve éplorée, témoin clé et potentielle détentrice d’une vérité explosive. Alors qu’elle pointe du doigt des figures politiques de premier plan comme Ariel Henry et Michel Martelly, son propre silence face à la justice haïtienne, ses déclarations contradictoires et son exil volontaire alimentent rumeurs et soupçons. Si elle affirme avoir une idée de l’identité des assassins, pourquoi refuse-t-elle toujours de collaborer avec les autorités de son pays ? Est-ce par crainte, par stratégie… ou parce qu’elle est elle-même impliquée dans ce crime dont elle semble vouloir contrôler le récit ?




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