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Santiago : quand le refus de dépenses personnelles coûte son poste à un diplomate

Ce n’est désormais plus une simple rumeur. Le ministère haïtien des Affaires étrangères a décidé de mettre un terme aux fonctions de Stephen Junior CHERENFANT, chef de poste par intérim au consulat général d’Haïti à Santiago, en République dominicaine. Cette décision fait suite à un différend opposant le diplomate au conseiller-président Emmanuel Vertilaire, concernant des demandes de dépenses jugées excessives pour la prise en charge de la famille de ce dernier lors d’un séjour privé.

Ce n’est désormais plus une simple rumeur. Le ministère haïtien des Affaires étrangères a décidé de mettre un terme aux fonctions de Stephen Junior CHERENFANT, chef de poste par intérim au consulat général d’Haïti à Santiago, en République dominicaine. Cette décision fait suite à un différend opposant le diplomate au conseiller-président Emmanuel Vertilaire, concernant des demandes de dépenses jugées excessives pour la prise en charge de la famille de ce dernier lors d’un séjour privé.

Une révocation officialisée par courrier

Par une correspondance datée du 22 décembre 2025 et signée par le ministre Jean Victor Harvel Jean-Baptiste, M. CHERENFANT a été officiellement informé de sa révocation. Pourtant, le même jour, il avait adressé au ministère une note explicative détaillée, exposant les circonstances entourant la visite privée de la famille Vertilaire à Santiago.

L’arrivée imprévue de la famille Vertilaire

Dans ce document, le diplomate explique avoir reçu, le dimanche 15 décembre 2025 vers 11 heures, un appel téléphonique du conseiller-président l’informant du départ imminent de son épouse et de leurs deux enfants pour Santiago. Soucieux de collaboration, il affirme avoir proposé d’envoyer le chauffeur du consulat à la frontière, bien qu’il fût déjà mobilisé par les préparatifs liés à l’accueil d’une délégation officielle du ministère attendue le 16 décembre.

En raison d’un retard du vol au départ de Port-au-Prince, la famille serait arrivée à la frontière vers 20 heures. Compte tenu de l’heure tardive et de l’impossibilité de compléter les formalités migratoires le jour même, M. CHERENFANT dit avoir pris l’initiative de faciliter leur entrée par la zone de CODEVI, tout en assurant à ses frais un hébergement hôtelier pour la nuit, invoquant des raisons de sécurité.

Un accompagnement assumé jusqu’à Santiago

Le lendemain matin, soit le lundi 16 décembre, les formalités migratoires ont été régularisées avant le départ pour Santiago. Le diplomate précise avoir personnellement veillé au confort et à la sécurité de la famille durant le trajet, multipliant les arrêts et se présentant aux postes de contrôle afin d’éviter toute situation désagréable.

À leur arrivée à Santiago, aux environs de 15 h 19, il affirme avoir accompagné la famille pour la visite d’une résidence, laquelle a été retenue. Là encore, il soutient avoir payé l’hébergement avec ses fonds personnels, avant de faire livrer un repas, puis de se rendre à son bureau pour participer à une réunion liée au dossier du décès tragique de la fillette Stephora Anne-Mircie Joseph.

Une demande jugée incompatible avec les règles budgétaires

Le mardi 17 décembre, le chauffeur du consulat a été mis à la disposition de la famille dès 8 h 30. C’est à ce moment-là, selon M. CHERENFANT, qu’il a été informé d’une demande visant la location de quatre chambres dans un hôtel de standing de type Marriott, ainsi que l’octroi de fonds destinés à des activités personnelles, notamment des séances de magasinage.

Face à cette requête, le chef de poste affirme avoir exprimé son refus, invoquant l’absence de toute ligne budgétaire permettant de couvrir des dépenses liées à une visite privée ou touristique de membres de la famille d’un conseiller-président.

Un refus fondé sur la bonne gouvernance

Dans sa note, M. CHERENFANT insiste sur le fait que sa décision ne relevait ni d’un manque de respect ni d’un refus d’assumer ses responsabilités, mais uniquement du respect des principes de bonne gouvernance, de transparence et de protection des fonds publics. En tant qu’ordonnateur, dit-il, il se devait d’appliquer strictement les règles administratives et financières en vigueur.

Il affirme avoir agi de bonne foi, avec diligence et dans l’intérêt supérieur de l’État haïtien, tout en sollicitant la compréhension du ministère, et en se déclarant disponible pour fournir toute information complémentaire.

Politique contre légalité

Malgré ces explications détaillées, la décision est restée inchangée : Stephen Junior CHERENFANT a été relevé de ses fonctions. Dans le contexte haïtien, où les considérations politiques prennent souvent le pas sur les normes juridiques, cette affaire illustre une fois de plus les tensions entre respect de la loi et pouvoir politique.

Dans cet épisode, le diplomate a perdu son poste, tandis que le conseiller-président Emmanuel Vertilaire, juriste et ancien magistrat, est sorti politiquement renforcé.

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