Le lundi 1er septembre, l’Assemblée législative de transition (ALT) du Burkina Faso a adopté, à l’unanimité, un projet de loi rendant l’homosexualité passible de prison. Selon la télévision d’État, les personnes reconnues coupables de « pratiques homosexuelles » risquent désormais des peines allant de deux à cinq ans, assorties éventuellement d’amendes. Pour les ressortissants étrangers, la sanction peut aller jusqu’à l’expulsion du pays.

Jusqu’à présent, aucune législation spécifique ne ciblait les personnes homosexuelles au Burkina Faso, où elles vivent cependant de manière discrète. Sur le continent africain, l’homosexualité reste criminalisée dans une trentaine de pays.
La junte militaire à la manœuvre
Le pays est dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir par un coup d’État en septembre 2022. La junte militaire qu’il dirige adopte une politique souverainiste et critique certaines valeurs occidentales. Dans ce cadre, le Burkina Faso s’est rapproché de partenaires comme la Russie et l’Iran, tout en durcissant sa législation sur les questions sociales et familiales.
Une réforme plus large du Code des personnes et des familles
La pénalisation de l’homosexualité s’inscrit dans une réforme globale du Code des personnes et des familles. Composé de 1 113 articles répartis en 17 titres et 56 chapitres, ce code modernise le cadre juridique de la famille tout en intégrant les réalités sociales, culturelles et économiques du pays.
Le nouveau code introduit plusieurs changements, notamment sur l’octroi de la nationalité aux étrangers via le mariage, avec un délai de cinq à sept ans désormais requis. Il reconnaît également légalement les mariages religieux et coutumiers. Le capitaine Traoré doit promulguer ce code, accompagné d’une campagne de sensibilisation destinée à informer la population sur les nouvelles règles.
Vers une répression renforcée des médias et influence régionale
En août 2023, le Conseil supérieur de la communication, chargé de réguler les médias, avait interdit la diffusion des chaînes télévisées promouvant l’homosexualité. Le Mali, également dirigé par une junte militaire et allié du Burkina Faso, avait adopté une loi similaire en novembre 2024.
Une tendance inquiétante en Afrique
À l’échelle mondiale, les relations homosexuelles restent interdites dans un tiers des pays. En Afrique, de nombreux États continuent de criminaliser ces relations : en Tanzanie, Zambie, Sierra Leone et Gambie, les peines peuvent aller jusqu’à la prison à vie ; au Nigeria, au Kenya ou au Malawi, elles peuvent atteindre 14 ans de détention.
Malgré une tendance mondiale à la décriminalisation, certaines régions d’Afrique et d’Asie connaissent une régression préoccupante, comme l’alerte l’Association internationale des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans et intersexes (Ilga World).


