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Jair Bolsonaro condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État au Brésil

L’ancien président brésilien d’extrême droite, Jair Bolsonaro, a été reconnu coupable de tentative de coup d’État et condamné, jeudi 11 septembre, à 27 ans et trois mois de prison. Selon la Cour suprême fédérale, il a tenté d’empêcher le retour au pouvoir de l’actuel chef d’État de gauche, Luiz Inácio Lula da Silva. La décision a été prise à la majorité de quatre juges contre cinq, marquant une première dans l’histoire du pays : jamais un ancien président n’avait été jugé ni condamné pour un tel crime.

L’ancien président brésilien d’extrême droite, Jair Bolsonaro, a été reconnu coupable de tentative de coup d’État et condamné, jeudi 11 septembre, à 27 ans et trois mois de prison. Selon la Cour suprême fédérale, il a tenté d’empêcher le retour au pouvoir de l’actuel chef d’État de gauche, Luiz Inácio Lula da Silva. La décision a été prise à la majorité de quatre juges contre cinq, marquant une première dans l’histoire du pays : jamais un ancien président n’avait été jugé ni condamné pour un tel crime.

Le jugement du procès mettant en cause Jair Bolsonaro a été rendu vendredi 12 septembre. Eraldo Peres/AP
Le jugement du procès mettant en cause Jair Bolsonaro a été rendu vendredi 12 septembre. Eraldo Peres/AP

Des plans secrets pour renverser la démocratie

L’enquête a révélé l’existence de signaux publics et de manœuvres clandestines. Un document préconisait d’ignorer les résultats électoraux et d’instaurer l’état de siège. Pire encore, un plan imprimé envisageait l’assassinat du président élu, de son vice-président et d’un juge de la Cour suprême, par balle ou par empoisonnement. Ces preuves ont convaincu les magistrats que Bolsonaro avait bel et bien orchestré un complot visant à fragiliser la plus grande démocratie d’Amérique latine.

Une défense qui dénonce une « persécution politique »

L’avocat et conseiller de Bolsonaro, Fabio Wajngarten, a annoncé un appel, y compris devant les juridictions internationales. Selon lui, la peine est « incroyablement excessive et disproportionnée ». De son côté, Bolsonaro rejette les accusations, qu’il qualifie de persécution politique, malgré le soutien d’une partie de la droite brésilienne et de certains alliés internationaux.

Réactions internationales et tensions avec Washington

La condamnation a eu des répercussions diplomatiques. Le président américain Donald Trump a annoncé des sanctions économiques et douanières contre le Brésil, dénonçant une « chasse aux sorcières » contre son allié. La Maison-Blanche a déclaré que les États-Unis n’hésiteraient pas à utiliser leur puissance économique et militaire pour « protéger la liberté d’expression dans le monde ».

En réponse, le gouvernement brésilien de Lula a condamné fermement ces menaces, rappelant son opposition à tout recours à la force ou à la pression économique contre sa démocratie.

Sept proches collaborateurs également condamnés

Aux côtés de Bolsonaro, sept anciens membres de son administration (2019-2022) ont eux aussi été jugés coupables de participation au complot. Cette vague de condamnations pourrait affaiblir durablement l’ancien militaire de 70 ans, même si ses partisans réclament déjà une amnistie. Des analystes estiment néanmoins que sa carrière politique n’est pas totalement terminée.

Les accusations retenues contre Bolsonaro

L’ex-président a été reconnu coupable de cinq crimes majeurs :

  • La tentative de coup d’État,
  • l’abolition violente de l’État de droit,
  • la direction d’une organisation criminelle armée,
  • la remise en cause des institutions,
  • et la tentative de discrédit du système électoral.

Dès 2021, Bolsonaro avait publiquement mis en doute la fiabilité des machines à voter, affirmant sans preuve qu’elles pouvaient être truquées. Il avait également menacé qu’un scénario « pire qu’aux États-Unis » pourrait survenir au Brésil, en référence à l’assaut du Capitole par les partisans de Donald Trump.

Le rôle du juge Alexandre de Moraes

L’affaire a été suivie par le juge Alexandre de Moraes, membre de la Cour suprême, à qui des pouvoirs spéciaux avaient été confiés. Il avait notamment enquêté sur l’utilisation de « milices numériques » pour diffuser de la désinformation en ligne. Plusieurs comptes ont été fermés et certains militants emprisonnés. Bolsonaro, de son côté, affirmait qu’il ne respecterait pas les décisions du juge, accentuant la confrontation avec les institutions.

Des déclarations inquiétantes en 2022

En pleine campagne électorale, Bolsonaro avait averti ses ministres qu’« il y aurait le chaos » si Lula remportait la présidentielle. Le général Augusto Heleno, alors chef de la sécurité nationale, avait ajouté qu’il faudrait peut-être « taper du poing sur la table » avant même les élections. Tous deux ont par la suite nié toute volonté de rupture institutionnelle.

Lors d’une rencontre avec des évangéliques en août 2022, Bolsonaro avait résumé son avenir en trois options : « la prison, la mort ou la victoire », tout en rejetant la première hypothèse.

Les élections de 2022 et les manœuvres d’ingérence

Au premier tour de la présidentielle, Lula avait obtenu 48 % des voix contre 43 % pour Bolsonaro, forçant un second tour. Durant ce scrutin, la police routière avait retardé des bus transportant des électeurs, une action que la justice a interprétée comme une tentative d’ingérence électorale.

Finalement, Lula a remporté la victoire avec 51 % contre 49 %. Bolsonaro s’est alors reclus pendant 40 jours au Palais de l’Alvorada, refusant toute apparition publique.

Des complots révélés par les proches

Le lieutenant-colonel Mauro Cid, bras droit de Bolsonaro, est devenu un témoin clé en collaborant avec la justice. Les enquêteurs ont aussi mis la main sur un plan appelé « Poignard vert et jaune », conçu par le général Mário Fernandes, qui visait à éliminer Lula, son vice-président Geraldo Alckmin et le juge Moraes. Le document avait été imprimé au palais présidentiel en novembre 2022.

L’exil en Floride et l’assaut du 8 janvier

Le 30 décembre 2022, Bolsonaro s’est envolé pour la Floride, évitant la cérémonie de passation de pouvoir du 1er janvier. Quelques jours plus tard, le 8 janvier 2023, des milliers de ses partisans ont envahi les sièges du pouvoir à Brasilia, réclamant une intervention militaire qui n’a jamais eu lieu.

Durant son procès, Bolsonaro a reconnu avoir discuté avec des chefs militaires des « alternatives » après sa défaite, mais a insisté qu’il n’avait rien envisagé d’inconstitutionnel. 

Ce verdict marque la première fois depuis que le Brésil est devenu une république il y a près de 140 ans que des responsables militaires sont punis pour avoir tenté de renverser la démocratie .

« Ce procès est un signal d’alarme pour les forces armées », a déclaré Fico. « Elles doivent se rendre compte que quelque chose a changé, puisqu’il n’y avait jamais eu de sanction auparavant, et maintenant il y en a une. »

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