Ce vendredi 21 novembre, un nouveau plan de paix américain a été proposé à Volodymyr Zelensky. Ce plan de paix, qui a pour objectif de mettre fin à la guerre, prévoit selon plusieurs un alignement total sur les conditions russes, et une capitulation de l’Ukraine. Le plan, selon la Maison Blanche, a été préparé par l’émissaire spécial américain Steve Witkoff, et le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio. Depuis un mois, ils auraient travaillé secrètement sur le projet.

Selon d’autres observateurs, l’envoyé spécial russe, Kirill Dmitriev aurait également travaillé sur ce plan. Toutefois, ni l’Ukraine ni l’Europe n’ont été invités à la table des négociations.
Un plan de paix qui penche en faveur de la Russie
Le plan de paix contient 28 points ainsi répartis:
- Une confirmation de la souveraineté de l’Ukraine.
- Un accord de non-agression entre la Russie, l’Ukraine et l’Europe.
- La Russie ne doit pas envahir les pays voisins, et l’OTAN ne va pas s’étendre davantage.
- Les États-Unis, en médiateur, mèneront un dialogue entre la Russie et l’OTAN pour régler les questions de sécurité, et créer des conditions pour éviter une escalade.
- Des garanties de sécurité fiables sont accordées à l’Ukraine.
- Les forces armées ukrainiennes seront réduites à 600 000 militaires.
- L’Ukraine doit inclure dans sa constitution qu’elle ne rejoindra pas l’OTAN. Et l’OTAN dans ses statuts, une clause de non-adhésion de l’Ukraine.
- L’OTAN accepte de ne pas stationner de troupes en Ukraine.
- Des avions de combat seront basés en Pologne.
- Les États-Unis seront compensés pour garantir la sécurité de l’Ukraine. Toutefois, si l’Ukraine envahit la Russie, cette garantie n’aura plus lieu. Si la Russie envahit l’Ukraine, une réponse militaire décisive sera coordonnée, et les sanctions mondiales seront rétablies. Si l’Ukraine attaque Moscou par un missile ou Saint-Pétersbourg, sans aucune raison valable, la garantie de sécurité n’aura aucun effet.
- L’Ukraine reste éligible pour adhérer à l’Union Européenne.
- Un plan sera mis sur pied pour la reconstruction de l’Ukraine, et il va inclure un fonds de développement pour l’Ukraine pour la reconstruction des infrastructures gazières, la réhabilitation des zones impactées par le conflit et d’autres mesures. Tout cela fera partie d’un plan de financement élaboré par la Banque mondiale.
- La Russie sera réintégrée dans l’économie mondiale, et dans le G8, en plus d’un accord de coopération économique avec les États-Unis.
- 100 milliards de dollars des actifs russes gelés seront investis pour reconstruire l’Ukraine. Les États-Unis recevront 50% des bénéfices de cette initiative. 100 milliards de dollars seront ajoutés par l’Europe pour la reconstruction de l’Ukraine.
- Un groupe de travail américano-russe sera créé pour la sécurité, et la garantie du respect des dispositions de l’accord.
- La Russie adoptera une politique de non-agression envers l’Europe et l’Ukraine.
- Les États-Unis et la Russie signeront des traités sur la non-prolifération et le contrôle des armes nucléaires.
- L’Ukraine ne sera pas dotée d’armes nucléaires. La centrale nucléaire de Zaporijjia sera sous contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique.
- Mise en place de programmes éducatifs dans les écoles ukrainiennes et russes pour la compréhension et la tolérance mutuelle.
- La Crimée, le Lougansk et le Donetsk seront reconnus comme des régions russes. Kherson et Zaporijjia seront gelées le long de la ligne de contact. Et la Russie va renoncer aux autres territoires en dehors de ces cinq régions du Donbass.
- La Russie et l’Ukraine ne modifieront pas ces accords par la force.
- La Russie n’aura pas son mot à dire pour l’utilisation par l’Ukraine de Dniepr.
- Création d’un comité humanitaire pour gérer les questions des échanges de prisonniers, des retours des otages, des détenus, et un programme de réunification familiale.
- Les élections seront organisées dans 100 jours en Ukraine.
- Les partis engagés dans le conflit auront une amnistie totale pour les actions commises pendant la guerre.
- L’accord sera juridiquement contraignant et contrôlé par le président américain. Des sanctions seront imposées si l’accord est violé.
- Une fois que toutes les parties auront signé l’accord, le cessez-le-feu sera immédiatement entré en vigueur.
Un plan de paix qui met hors-jeu les européens
Ce plan de paix, comme on pouvait s’y attendre, ne fait pas l’unanimité. Les dirigeants allemand, britannique et français ont eu un entretien téléphonique avec le président ukrainien, et lui ont réaffirmé de préserver à long terme les intérêts vitaux européens et ukrainiens. Ils ont accueilli favorablement l’engagement pour la souveraineté ukrainienne, et les volontés d’accorder des garanties de sécurité solides. Autant dire que ce plan jette à l’eau les garanties de sécurité qu’avaient discutées les Européens il y a quelques mois de cela.
Friedrich Merz, Emmanuel Macron et Keir Starmer saluent les efforts américains pour une sortie de guerre, mais ont assuré à Volodymyr Zelensky leur soutien total vers une paix durable et juste.
La chef de la diplomatie de l’Union Européenne, Kaja Kallas, juge que pour un plan fonctionnel, les Européens et les Ukrainiens doivent être impliqués. Elle a par ailleurs ajouté que la pression doit être sur l’agresseur et non la victime.
Pour Zelensky, la dignité et la liberté en échange du soutien d’un puissant partenaire
Volodymyr Zelensky n’a pas rejeté immédiatement la proposition américaine. Dans la journée, il a tenu une conférence de presse dans laquelle il a confirmé que l’Ukraine fait face à un ultimatum. Soit perdre sa dignité ou perdre le soutien d’un partenaire clé, en référence aux Etats-Unis. Il a par ailleurs affirmé que l’Ukraine va, dans les jours qui suivent, subir beaucoup de pression. “Aujourd’hui est l’un des jours les plus difficiles de notre histoire”, a-t-il déclaré.
Dans un message sur X, il a écrit : “Nous sommes en train de travailler sur le document préparé par la partie américaine. Ce plan doit assurer une paix réelle et digne.” Le président ukrainien appelle à l’unité nationale.
Un ultimatum de quelques jours donné à l’Ukraine
Du côté américain, le président Trump a donné une date butoir à Volodymyr Zelensky, ce jeudi 27 novembre, le jour de la fête de Thanksgiving aux Etats-Unis. “J’ai eu beaucoup de dates butoirs et quand les choses vont bien, la tendance est de repousser les dates butoirs. Mais jeudi est, nous pensons, un moment adéquat”, a déclaré Donald Trump.
Dans une conférence de presse qu’il a donnée à son bureau, il a affirmé que Volodymyr n’aura d’autre choix que d’accepter le plan. Faute de quoi, ils doivent continuer à se battre. Et en réaction à un refus du plan de paix par les Ukrainiens, Trump a assuré qu’il ne livrerait plus d’armes, et diminuerait ses renseignements aux autorités ukrainiennes.
La proposition de ce plan de paix survient dans un contexte tout à fait particulier. En effet, depuis quelques semaines, les Ukrainiens reculent sur les fronts. La Russie a gagné beaucoup de terrain et les Ukrainiens ont du mal à avancer.
Outre cela, du point de vue interne, le gouvernement ukrainien fait également face à un vaste scandale de corruption. Ce jeudi 20 novembre, les enquêteurs du Bureau national anti-corruption ont perquisitionné un complexe résidentiel, à côté du siège de la présidence ukrainienne à Kiev. Cette perquisition a été menée après quinze mois d’investigation, et plus de mille heures d’écoute téléphonique. Ils ont fouillé des appartements appartenant à l’influent chef de cabinet et ami proche de Zelensky, Andriy Yermak. Il est impliqué dans une vaste scandale de près de 100 millions de dollars. Tout le gouvernement ukrainien est pointé du doigt.
Ce qui, pour ainsi dire, affecte beaucoup l’image du président, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur.
Du côté russe, le président Vladimir Poutine, qui était jusque-là silencieux, a annoncé être prêt à signer un accord de paix favorable. Toutefois, il a temporisé en ce que les parties russes n’étaient pas impliquées dans le projet. Il a par ailleurs menacé l’Ukraine de continuer à attaquer s’il veut prolonger la guerre.
Les prochains jours nous diront si ce plan de paix va fonctionner. Considérant l’habitude de Donald Trump à négocier, on pourrait dire que ce plan de paix pousse à l’extrême, afin de parvenir à un compromis. Car accepter un tel plan de paix pour l’Ukraine serait une perte totale. Autant que les demandes de l’Ukraine ne sont pas réalistes, ce plan de paix n’est pas acceptable. Toutefois, on ne peut se prononcer avec certitude, le dossier reste à suivre.


