Depuis quelques jours, l’Iran fait face à une vague de manifestations d’une ampleur inégalée. Le mouvement s’est déclenché à Téhéran, d’abord pour protester contre la vie chère, puis s’est ensuite transformé en un mouvement politique, appelant au départ du régime. Ce mouvement pose à la république islamique l’un de ses plus grands défis depuis sa création.

Selon plusieurs ONG et agences, des centaines de manifestants ont été tués, et plus de 2600 ont été arrêtés selon Human Rights. Le président iranien, Massoud Pezechkian, a appelé la population à participer à une marche de résistance ce lundi.
Un mouvement qui se dégénère
Les premiers mouvements de protestation ont éclaté le vendredi 28 octobre. A la suite des protestations de certains vendeurs contre le coût de la vie, les manifestations se sont étendues à d’autres villes. Il y a plus de 500 manifestations répandues sur 31 provinces iraniennes selon l’agence américaine Human Rights Activist News Agency.
Les manifestations ont dépassé le cadre économique, et plusieurs manifestant scandaient des slogans tels que “Mort au dictateur”, “Que ma vie soit sacrifiée pour l’Iran”, ou “Cette année sera celle du sang, Sayyed Ali sera renversé”, ou encore « N’ayons pas peur, nous sommes tous ensemble ».
Ces mouvements représentent les plus importants observés depuis 2022, suite à la mort de Massa Khamenei, arrêtée par la police des mœurs. D’importantes manifestations avaient été organisées dans le pays pour réclamer l’égalité pour tous. Le pays avait connu des manifestations conséquentes en 2017 et 2019, pour notamment réclamer une meilleure condition de vie. Le mouvement vert avait également, en 2019, mobilisé une grande partie de la classe moyenne contre une fraude électorale.
Les manifestations actuelles se distinguent par leur ampleur géographique, elles s’intensifient constamment. Plusieurs des manifestants réclament le départ du guide, l’ayatollah Ali Khamenei et de son régime. Par ailleurs, ils se disent également prêts à un changement de régime et appellent au retour des pahlavis déchus depuis 1979. Le petit-fils de Reza chah, l’une des figures les plus importantes de l’Iran moderne, Reza Pahlavi, a lancé un appel aux manifestants. Selon plusieurs experts, il est l’une des figures de proues de ces manifestations, et c’est ce qui explique la constance de celles-ci.
Face aux revendications, le régime iranien muscle son bras
Le gouvernement iranien a réagi en réprimant sévèrement les manifestants. Selon l’ONG Human Rights, le pouvoir a perpétré un massacre dans le pays. L’organisation, dont le siège social est basée en Norvège, a déclaré ce lundi qu’au moins 648 manifestants sont morts. Un nombre qui est probablement beaucoup plus élevé selon eux.
Pour d’autres instances, telles que le magazine américain TIME, le bilan s’élèverait à au moins 6 000 morts, selon des données qu’ils ont compilées par un groupe informel d’universitaires et de professionnels. Le Centre pour les droits humains, dont le siège est à New York, affirme de son côté que les hôpitaux étaient débordés par l’afflux des blessés. L’avocate franco-iranienne Chirinne Ardakani, prix Nobel de la paix 2023, a affirmé ce lundi sur France Info que des armes de guerre ont été utilisées, avec des scènes de massacres dans les rues pour réprimer les manifestants. Plusieurs corps seraient amoncelés dans les morgues, et les médecins ne seraient pas en capacité de traiter tous les blessés.
Les autorités iraniennes ont également isolé une grande partie du pays, en coupant l’accès à internet et aux réseaux téléphoniques. Aucun appel à l’étranger n’a abouti, les vols aériens sont annulés, ce qui suscite une vive inquiétude à l’étranger.
Ce lundi, le président iranien a appelé ses partisans à manifester. Un mouvement qui constituerait une contre attaque, et un renforcement de la légitimité du régime.
A l’international, on s’inquiète du sort de la population iranienne
Plusieurs figures de l’international ont réagi, telles que la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, qui a déclaré que: “Couper l’accès à Internet tout en réprimant violemment les protestations révèle un régime qui a peur de son propre peuple.” Le commissaire des Nations Unies pour les droits de l’Homme, Volker Türk, a déclaré de son côté qu’il s’inquiète de la coupure de l’Internet. Selon lui, ces actions sapent la liberté d’expression, et affectent le travail de ceux qui documentent les violations des droits humains. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, appelle à la retenue.
Le président américain, Donald Trump, dans un premier temps, a réagi à la situation, se disant prêt à intervenir militairement pour aider le peuple iranien. Ce dimanche, il a déclaré que les Iraniens veulent négocier, et qu’une réunion était en cours de préparation. “Nous pourrions devoir agir avant une rencontre”, a-t-il déclaré, tout en ajoutant que l’armée américaine étudiait ses options très fortes.
En réaction, le ministre iranien des affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré que la république islamique d’Iran ne cherche pas la guerre, mais est tout à fait préparée pour la guerre. “Nous sommes prêts à des négociations, mais ces négociations doivent être équitables et fondées sur le respect mutuel”, a-t-il déclaré.
Les relations entre Téhéran et Washington sont tendues depuis les attaques en juin d’Israël et des Etats-Unis.
L’Iran fait face depuis quelques années à des conditions économiques difficiles. Le PIB par habitant est très faible, l’inflation est élevée, et le pays fait face à des sanctions onusiennes et américaines en réponse à leur programme nucléaire. Autant de facteurs qui pèsent lourdement sur la population.
Samuel Mintor


