loader-image
Port-au-Prince, HT
9:37 am, Apr 24, 2026
temperature icon 27°C

Une réunion du Conseil de sécurité consacrée à Haïti

Séance tenante, plusieurs responsables onusiens ont été présents, dont Carlos Ruiz Massieu, Jack Christofides et Daniela Kroslak.  Haïti a été représentée par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, qui a indiqué que sans sécurité, aucun développement n'est possible. Il a également mentionné la reprise de plusieurs zones de la capitale de la main des gangs par les forces armées d'Haïti, la police nationale et la force de répression des gangs. Toutefois, il a appelé le Conseil de sécurité à soutenir davantage le déploiement de la force de répression des gangs, notamment sur l'aspect logistique et financier.

Dans un document publié le mercredi 22 avril, le Conseil de sécurité des Nations Unies avait annoncé la tenue, le 23 avril, d’une séance publique d’information sur la situation en Haïti, suivie de consultations à huis clos. Séance tenante, plusieurs responsables onusiens ont été présents, dont Carlos Ruiz Massieu, Jack Christofides et Daniela Kroslak. 

M. Alix Didier Fils-Aimé, Premier Ministre d’Haïti. Photo publiée sur la page de l'ONU.
M. Alix Didier Fils-Aimé, Premier Ministre d’Haïti. Photo publiée sur la page de l’ONU.

Haïti a été représentée par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, qui a indiqué que sans sécurité, aucun développement n’est possible. Il a également mentionné la reprise de plusieurs zones de la capitale de la main des gangs par les forces armées d’Haïti, la police nationale et la force de répression des gangs. Toutefois, il a appelé le Conseil de sécurité à soutenir davantage le déploiement de la force de répression des gangs, notamment sur l’aspect logistique et financier. 

Le premier ministre a mentionné des efforts visant à renforcer la PNH de 2 500 à 3 000 hommes d’ici la fin de 2026, et de 700 militaires supplémentaires pour les Forces armées d’Haïti. Haïti ne demande pas la charité, mais la solidarité, a-t-il déclaré.

Un pays plongé dans le chaos, une population aux abois 

Dans son rapport, l’Organisation a mis en évidence une insécurité persistante, malgré certaines améliorations localisées. Les groupes armés continuent de mener des attaques, de restreindre les activités économiques et l’accès aux services, tout en étant impliqués dans des enlèvements, des violences sexuelles et le recrutement forcé d’enfants. Entre fin 2025 et début 2026, les opérations contre les gangs ont causé la mort de plus de 1 300 membres présumés, mais aussi des pertes civiles, soulevant des préoccupations en matière de droits humains. 

Enjeux politiques et processus électoral

Sur le plan politique, les discussions ont porté sur la transition institutionnelle et les perspectives électorales. Le transfert du pouvoir du Conseil présidentiel de transition au gouvernement dirigé par le Premier ministre est noté, alors que le pays reste sans président depuis 2021. Plusieurs Etats ont fait mention de la situation précaire qui prévaut en Haïti, ce qui fragilise le bon déroulement du processus électoral. Notamment l’inscription des électeurs, l’incertitude quant au respect du calendrier annoncé, et le rétablissement de l’autorité étatique.

La situation humanitaire demeure critique, marquée par des déplacements massifs de population et une insécurité alimentaire généralisée. Selon les estimations, plus de 1,4 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, tandis qu’une grande partie de la population fait face à des conditions de vie précaires.

Déploiement sécuritaire et défis opérationnels

La réunion sera aussi l’occasion d’entendre le représentant de la Force de répression des gangs (FRG), M. Jack Christofides. Il a avancé que la constitution de la FRG par la Résolution 2793 du Conseil de sécurité n’est pas une fin en soi, mais un moyen de permettre aux autorités haïtiennes de reprendre le contrôle et d’établir une stabilité à long terme. Il a également évoqué un plan de déploiement, en coordination avec les autorités haïtiennes, et ayant pour objectif la réduction de la capacité opérationnelle des gangs, ce qui permettra à l’Etat haitien d’asseoir son autorité.

Le représentant s’est dit pleinement conscient des risques liés à la mission, tout en soulignant la protection des civils, la prévention de l’exploitation et des abus sexuels, et le respect du droit international des droits humains comme faisant partie du cœur des opérations de la FRG. 

Plusieurs délégations ont exprimés leurs inquiétudes quant à la faillite du système politique haïtien

Le représentant de la Fédération de la Russie, M. Vassily A. Nebenzia, a mis en garde contre les ingérences extérieures dans le processus électoral. Selon lui, le peuple haïtien doit déterminer de manière autonome son destin. Il a appelé également à éviter un vide sécuritaire, dans un contexte marqué par le retrait du contingent kényan de la mission multinationale d’appui à la sécurité. 

De son côté, la Colombie, représentée par M. Raúl Esteban Sánchez Niño, a plaidé pour un engagement en faveur de la démocratie, de la justice et de l’État de droit. Selon lui, il ne peut y avoir de paix sans justice. La lutte contre l’impunité, plus précisément contre ceux qui la financent et incitent à la violence, est un pilier pour la construction d’une paix durable. Il a également insisté sur la légitimité du processus électoral, qui se fera avec une participation inclusive de toutes les composantes de la société haïtienne.  

Le Panama, de son côté, s’est inquiété de la gravité de la violation des droits humains. Son représentant du Panama, M. Eloy Alfaro de Alba, a déclaré : “La République sœur d’Haïti, pionnière historique de la libération contre l’esclavage et la domination coloniale, traverse aujourd’hui une crise où la violence de quelques-uns empêche de vivre ceux qui ne prennent pas les armes.” Il a jugé inacceptables les accusations d’abus sexuels sur des femmes et des filles impliquant le personnel kényan de la mission multinationale. A ce sujet, il a appelé à la stricte application de la résolution 2793 (2005), qui définit les garanties claires en ce qui concerne la prévention, la conduite, le suivi et l’enquête du personnel. 

Du côté des États-Unis, ils ont salué une avancée dans l’opérationnalisation de la force de répression des gangs. Selon leur représentante, Mme Jennifer Locetta, la sortie de crise ne peut s’effectuer que par la mise en place d’alternatives crédibles à la population.

Une situation humanitaire qui suscite une grave inquiétude 

Selon une analyse récente, 5,8 millions d’Haïtiens, soit plus de la moitié de la population, traversent une insécurité alimentaire aiguë, dont 1,8 million en situation d’urgence. La hausse des prix du carburant, aggravée par des tensions internationales, à entraîné une augmentation des denrées alimentaires et des coûts de transport. La représentante directrice pays du Programme alimentaire mondial, PAM, Mme Wanja Kaaria-Ndoho a résumé l’urgence de la situation en ces termes: “ Nous ne pouvons pas construire la paix lorsque les familles n’ont rien à manger.” 

La PAM estime à 332 millions de dollars le financement pour la poursuite des opérations vitales, et le soutien de 2,7 millions de personnes.

Partager cet article :

Articles similaires