New York, jeudi 25 septembre 2025 – Lors de son intervention à la 80ᵉ Assemblée générale de l’ONU, jeudi 25 septembre 2025, Laurent Saint-Cyr, président du Conseil présidentiel de transition (CPT) haïtien, a dressé un portrait dramatique de la situation actuelle en Haïti, qualifiant le pays de « pays en guerre ». À seulement quatre heures de vol de New York, Haïti est confronté à une violence extrême orchestrée par des gangs criminels, qui contrôlent désormais une grande partie de la capitale Port-au-Prince.

Selon Saint-Cyr, la population haïtienne subit quotidiennement des violences de toutes sortes : meurtres, viols, pillages, incendies, et de nombreux quartiers sont littéralement détruits, forçant plus d’un million de personnes à fuir leurs foyers. Les infrastructures publiques, notamment les hôpitaux, sont vandalisées ou fermées, privant des milliers de personnes de soins essentiels. Les enfants et les jeunes sont particulièrement touchés : des milliers sont privés d’école et d’avenir, tandis que des centaines de femmes et de filles portent à jamais les stigmates physiques et psychologiques des agressions.
Pour Saint-Cyr, cette situation constitue une menace humanitaire et sécuritaire majeure, non seulement pour Haïti, mais pour toute la région caribéenne et les Amériques. Il a insisté sur le fait que chaque jour d’inaction profite aux gangs, et que le silence international serait une forme de complicité. « La riposte doit être ferme et résolue », a-t-il déclaré, en appelant à une action immédiate, forte et coordonnée pour protéger les vies, restaurer la dignité humaine et permettre aux citoyens haïtiens de choisir leur avenir démocratiquement.
La sécurité en Haïti : des efforts encore insuffisants
Saint-Cyr a souligné que les mesures de sécurité mises en place jusqu’à présent ont été insuffisantes. La Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), créée en 2023 et dirigée par le Kenya, n’a pu déployer qu’un millier d’hommes sur les 2 500 prévus, et ses ressources sont limitées. Le budget de la police a été augmenté de 40 %, mais la force reste sous-équipée et manque de moyens logistiques et financiers pour contrer efficacement les gangs.
Face à cette situation, le président du CPT a demandé une mobilisation internationale renforcée, comprenant le partage de renseignements, des contrôles douaniers stricts et la transformation de la MMAS en une force de répression des gangs de plus de 5 500 hommes, incluant policiers et militaires. Cette initiative est soutenue par les États-Unis et le Panama, qui ont soumis une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU pour établir cette force spécialisée.
Appel à la solidarité internationale et à la justice
Saint-Cyr a rappelé que la crise haïtienne dépasse les frontières du pays, et qu’une inaction prolongée pourrait avoir des conséquences régionales graves. Il a également évoqué la nécessité de protéger les migrants haïtiens, de maintenir le dialogue et la coopération avec la République dominicaine, et de garantir un traitement respectueux de tous ceux qui quittent Haïti pour chercher refuge ailleurs.
Concernant les élections, Laurent Saint-Cyr a présenté des progrès significatifs malgré la crise sécuritaire. Le Conseil électoral provisoire a identifié plus de 85 % des centres de vote, mobilisé plus de 70 % du personnel électoral, et un financement national de 65 millions de dollars est garanti. Le CPT collabore avec la MMAS, l’OEA, la CARICOM et le BINUH pour organiser des élections libres, transparentes et inclusives, reflétant la volonté souveraine du peuple haïtien.
Une tragédie humaine et un appel à l’action
En conclusion, Laurent Saint-Cyr a qualifié Haïti de « Guernica contemporain », soulignant la gravité de la situation et l’urgence d’une action internationale. Il a rendu hommage aux policiers haïtiens et kényans, ainsi qu’aux soldats tombés en tentant de rétablir la paix. Il a insisté sur le fait que la communauté internationale ne peut détourner le regard, et que chaque minute perdue se traduit par des vies humaines sacrifiées et un recul de la démocratie.
Pour Saint-Cyr, la paix en Haïti n’est pas négociable et exige un engagement clair et immédiat de tous les partenaires internationaux. « Redonner espoir à nos compatriotes est ma seule mission. Nous devons bâtir la paix en Haïti, pour la Caraïbe, pour les Amériques et pour l’humanité entière », a-t-il conclu.


