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Intervention militaire d’Israël en Syrie: l’internationalisation d’un conflit local

Israël a frappé plusieurs cibles militaires à Damas. Cette intervention selon Israël a pour but la protection des communautés druzes habitant le Sud Ouest de la Syrie. Depuis dimanche, une tension raciale dans la ville de Soueida a opposé les milices druzes aux tribus bédouines sunnites. La tension s’est vite transformée en conflit ouvert, et a causé des dizaines de morts. Les frappes israéliennes viennent de donner une nouvelle dimension à ce conflit.

Mercredi 16 Juillet 2025. Israël a frappé plusieurs cibles militaires à Damas. Cette intervention selon Israël a pour but la protection des communautés druzes habitant le Sud Ouest de la Syrie. Depuis dimanche, une tension raciale dans la ville de Soueida a opposé les milices druzes aux tribus bédouines sunnites. La tension s’est vite transformée en conflit ouvert, et a causé des dizaines de morts. Les frappes israéliennes viennent de donner une nouvelle dimension à ce conflit.

Tsahal a frappé dans le quartier de Mazraa, près de Soueïda, pour protéger la communauté Druze engagée dans des affrontements sanglants avec des tribus bédouines sunnites dans le sud de la Syrie. Les forces gouvernementales syriennes ont pris part au combat face aux factions druzes. (Abdulaziz KETAZ/AFP)
Tsahal a frappé dans le quartier de Mazraa, près de Soueïda, pour protéger la communauté Druze engagée dans des affrontements sanglants avec des tribus bédouines sunnites dans le sud de la Syrie. Les forces gouvernementales syriennes ont pris part au combat face aux factions druzes. (Abdulaziz KETAZ/AFP)

Aux origines d’un conflit décennal

Issus d’une scission de l’islam chiite ismaélien, les druzes forment une communauté religieuse ésotérique. C’est une société très hiérarchisée avec des cheikhs spirituels pour leaders. Au Moyen-Orient, ils sont près d’un million répartis en Israël, en Syrie, au Liban et en Jordanie. Selon le professeur adjoint d’histoire à l’Université américaine de Beyrouth, Makram Rabah, les druzes auraient joué un rôle très important dans la région, et ils feraient partie des communautés fondatrices au Liban et en Syrie.

Les bédouins quant à eux, sont des arabes nomades, originaires de la péninsule arabique et du croissant fertile. Ils sont constitués de tribus, ayant chacun leurs lois internes. Répartis en Arabie Saoudite, en Syrie, en Israël, en Egypte et en Jordanie (composante majeure de ce pays, avec des tribus très puissants comme les Howeitat), ils sont des musulmans sunnites.

Ces 2 communautés sont souvent proches géographiquement, et entretiennent des relations d’échange avec des différences religieuses et sociales très marquées. Depuis la période 2012-2028, ils font souvent face à des conflits tribaux  et des frictions locales pour des ressources, des vendettas ou des enlèvements. Sur la période 2018-2025, le régime Assad arme des bédouins contre des druzes, ce qui va alimenter les tensions. Des enlèvements croisés en juillet 2025 nous ont amenés aux événements d’aujourd’hui.

Une tentative d’intégrer les druzes aux institutions étatique pas vraiment réussie

Le régime Bachar al-Assad instrumentalisait souvent les divisions de ces communautés, et utilisait les bédouins comme milices contre les kurdes et les druzes. A la chute du régime Assad, le président syrien Ahmed al-Sharaa avait trouvé un accord pour inclure Soueida aux institutions de l’Etat syrien. Toutefois, ce processus a été rejeté par certaines milices druzes, considérant que le passé jihadiste de Ahmed al-Sharaa le rendait indigne de confiance.

Le conflit à Soueida

Suite à une série d’enlèvements entre bédouins et druzes, des affrontements ont éclaté causant des dizaines de morts. Le 14 juillet, le ministère intérieur syrien annonce l’entrée de ses troupes dans la région pour rétablir l’ordre. Ces forces vont faire face à des milices druzes, comme Suwayda Military Council, et malgré l’annonce d’un cessez-le-feu le 15 juillet, les combats ont continué.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), près de 300 pertes humaines sont à déplorer depuis ces quelques jours. 69 combattants druzes et 40 civils druzes ont été tués, et 27 d’entre eux ont été exécutés sommairement par des forces syriennes.  A ces chiffres s’ajoutent ceux qu’ont causé les frappes israéliennes, soient 165 membres des troupes syriennes et 18 bédouins selon l’OSDH.

La régionalisation du conflit par les frappes israéliennes

Ce mercredi, l’armée israélienne a frappé le QG de l’armée syrienne à Damas. “La situation dans le Sud-Ouest de la Syrie est extrêmement dangereuse”, avance Benyamin Netanyahou. Le gouvernement isrélien menace d’intensifier ses attaques en vue de protéger la minorité druze au Sud de la Syrie. Selon l’Agence France-Presse, une explosion a été entendue près du palais présidentiel qui est situé une colline qui domine Damas, suivie d’une fumée noire.

“Les avertissements à Damas sont terminés, et maintenant les frappes douloureuses vont commencer”, a déclaré le ministre de la défense israélienne Israël Katz. Selon Claire Duhamel, la correspondante de France 24 à Jérusalem, outre la protection des druzes en Syrie, les frappes israéliennes ont également pour objectif la stabilité de la frontière d’Israel d’avec la Syrie sur le plateau du Golan. 

Lors d’une visite sur le plateau du Golan syrien, qui est occupé par Israël, le chef d’état-major, Eyal Zamir estime que “Les commandants et les soldats agissent de manière responsable et avec retenue.

Une vague d’appel à la désescalade

Du côté américain, le secrétaire d’Etat Marco Rubio avance que les Etats-Unis sont très préoccupés par les frappes israéliennes en Syrie, et veulent que les combats cessent. “Nous nous sommes engagés avec eux tout au long de la matinée et de la nuit, avec les deux parties, et nous pensons que nous sommes sur la voie d’une véritable désescalade”, dit-il dans le Bureau ovale. Évoquant des rivalités historiques de longue date, conduisant à une situation malheureuse, il affirme espérer voir de réels progrès dans les prochaines heures.

“Le régime israélien enragé ne connaît aucune limite (…) le monde, y compris la région, doit s’unir pour mettre fin à son agression débridée”, a déclaré Abbas Araghchi, le chef de la diplomatie iranienne. Après avoir appelé à mettre fin à une agression débridée, il assure que son pays se tiendra toujours aux côtés du peuple syrien.

L’ONU, au travers de son envoyé spécial, Geir Pedersen, se dit inquiet pour Soueida et espère une réelle désescalade. L’envoyé spécial, qui a eu droit à des informations relatant des traitements humiliants sur des civils, des personnalités religieuses et des détenus, des scènes de pillage, des profanations de cadavres, des exécutions sommaires, s’est dit profondément alarmé de la situation.

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