Après les visites du président français, Emmanuel Macron, et du premier ministre canadien, Mark Carney, en Chine, c’est au tour du premier ministre britannique, Keir Starmer, d’effectuer un déplacement officiel à Pékin. Une première depuis 2018. Cette visite s’inscrit dans une recomposition géopolitique, et une diversification de partenaires des Etats occidentaux face à l’imprévisibilité des Etats-Unis.

Le premier britannique a atterri mercredi dans la nuit à Pékin, et a été reçu ce jeudi par le président chinois, Xi Jinping, au palais du peuple. Keir Starmer assume vouloir relancer les relations sino-britanniques, tout en évitant la naïveté qui caractérisait celle de l’ancien premier ministre, David Cameron.
Sur la table on pose les sujets qui fâchent
Au cours de leurs entretiens, de nombreux sujets sensibles ont été abordés, notamment la situation de la minorité Ouïghoure. Pékin est accusé de mener une politique répressive à l’égard de cette minorité, et de violation de droits humains par plusieurs Organisations.
Le premier ministre britannique effectue cette visite dans l’objectif de diversifier ses partenaires, et à stimuler la croissance interne du Royaume-Uni. “Il est vital de construire une relation plus sophistiquée dans laquelle nous identifions les opportunités de collaboration, tout en permettant un dialogue constructif sur les sujets sur lesquels nous ne sommes pas d’accord”, a-t-il déclaré lors de son entretien avec le président chinois au Palais du peuple.
Signatures d’accords, promesses d’investissements…un rapprochement plus qu’accomplit
Plusieurs accords ont été signés, dont une réduction de 10 à 5% sur les exportations britanniques de whisky vers la Chine. Un accord d’exemption de visa a également été signé, autorisant les ressortissants britanniques à séjourner en dessous de 30 jours en Chine sans visa.
Devant la Bank of China, M. Starmer a défendu sa visite comme un moyen de renforcer les relations commerciales avec Pékin. “Je ne pense pas, dit-il, qu’il soit judicieux pour le Royaume-Uni de faire l’autruche. La Chine est la deuxième économie mondiale.”
Le géant pharmaceutique britannique, AstraZeneca, a annoncé son intention d’investir 15 milliards de dollars d’ici 2030 en Chine. Alors que de son côté, le fournisseur d’énergie Octopus Energy compte créer une coentreprise pour opérer sur le marché chinois, avec un partenaire chinois. Accompagné d’une trentaine de chefs d’entreprise, une dizaine d’accords de coopération, dont les contours n’ont pas encore été délimités, ont été signés dans la foulée, notamment dans le domaine de la santé ou d’autres services.
Un nouveau chapitre pour les relations sino-britanniques
Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, a déclaré lors d’un point de presse, que “la Chine est prête à renforcer la coopération avec tous les pays dans un esprit de bénéfice mutuel et de résultats gagnant-gagnant”. En signe d’apaisement diplomatique, la Chine a levé les sanctions qui visaient depuis 2021 des parlementaires britanniques, qui avaient critiqué Pékin sur la question des droits de l’homme.
Le président chinois, Xi Jinping, salue l’ouverture d’un nouveau chapitre après les revers des dernières années, dans les relations bilatérales sino-britanniques. “En tant que membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, et de grandes puissances économiques mondiales, la Chine et le Royaume-Uni doivent renforcer leur dialogue et leur coopération, qu’il s’agisse de sécurité internationale ou d’économie”, a-t-il déclaré.
La Chine comme rempart des occidentaux face à Donald Trump
Xi Jinping a également profité de cette occasion pour se dresser comme un partenaire fiable, et un garant de l’ordre mondial dans le contexte géopolitique actuel.
Cette visite, au-delà de la relation bilatérale, illustre un rapprochement de plusieurs pays occidentaux de Pékin. Pris de court par des tensions géopolitiques, et des rivalités économiques, les alliances du passé semblent ne plus être ce qu’elles étaient. Leurs fondements du point de vue sécuritaire (OTAN), économiques (droits de douane), et géopolitiques sont mis à l’épreuve depuis le second mandat de Donald Trump. Si Keir Starmer a tenu à rappeler que la relation entre le Royaume-Uni et les États-Unis demeure l’une des plus étroites, il n’en demeure pas moins que la Chine est aujourd’hui le troisième partenaire commercial du Royaume-Uni.
Sa visite en Chine prendra fin ce samedi, pour s’envoler vers le Japon.
Samuel Mintor


