Ce lundi 22 septembre, à la tribune de l’ONU, Emmanuel Macron a déclaré reconnaître officiellement l’Etat de la Palestine. Depuis l’annonce de Macron de reconnaître l’Etat de la Palestine lors de la 80ème session annuelle de l’ONU, tous les projecteurs étaient braqués sur cette session. Aujourd’hui, devant plus de 150 Etats, cette reconnaissance envoie un signal fort à Israël. Plusieurs autres pays dont Andorre, la Belgique, le Luxembourg, Malte et Saint-Marin ont adopté la même position. Les Etats-Unis et Israël ont boycotté la session.

Cette reconnaissance ne va certes pas changer quoique ce soit sur le terrain, mais elle reste un pas très symbolique. Une dizaine d’Etats, dont certains avec une voix qui compte ,ont reconnu l’Etat de la Palestine durant ces deux derniers jours. Toute existence du Hamas est rejetée par cette reconnaissance.
Qu’implique cette reconnaissance d’un Etat Palestinien réellement?
La reconnaissance aujourd’hui de la France d’un Etat Palestinien est historique. Hier dimanche, le Canada, le Royaume-Uni et l’Australie avaient pris le devant, et annoncé reconnaître officiellement la Palestine comme un État.
Pour le Royaume-Uni, cette reconnaissance revêt une touche particulière. Le Royaume avait joué un rôle important dans la création de l’Etat d’Israël avec la déclaration Balfour en 1917, et de 1922 à 1948, elle avait le mandat pour administrer la Palestine.
Cette solution portée depuis longtemps par l’ONU vise à résoudre le conflit Israélo-Palestinien. La solution à deux Etats envisage Israël et la Palestine vivant côte à côte, avec Jérusalem placé sous un statut international.
La communauté internationale a en grande majorité soutenu cette proposition, à l’exception de la plupart des Etats occidentaux. Depuis le discours de François Mitterrand en 1982 à Jérusalem, c’est la position de la France. Les accords d’Oslo signés en 1993 entre le premier ministre israélien Yizthak Rabin, et le leader palestinien Yasser Arafat, étaient l’opportunité la plus importante pour une résolution de ce conflit. Depuis les échecs de ces accords avec la mort d’Yitzhak, il n’y a pas eu un grand avancement sur le sujet.
Ce qui rend aujourd’hui cette période historique, c’est la première fois depuis des années qu’un grand nombre de voix se font entendre pour soutenir la solution à deux Etats. Une solution qui n’est soutenue ni par le Hamas, ni par le gouvernement israélien. Ces deux groupes veulent chacun d’un seul État dans la Méditerranée au Jourdain. Les Etats-Unis non plus ne soutiennent pas cette solution, eux qui sont les seuls à avoir l’oreille d’Israël.
La reconnaissance de la Palestine par plusieurs pays n’en fait pas un État souverain. Certes, sa reconnaissance est officielle par la plupart des pays de l’ONU, plus de 150 sur 193. Mais le pays n’a qu’un statut d’observateur non membre depuis 2012. Et quand on considère les critères mis en place par l’ONU pour définir un État souverain à savoir:
- La possession d’un territoire délimité par des frontières (terrestres, maritimes et aériens);
- Avoir une population permanente;
- Être doté d’un gouvernement effectif;
- Et être capable d’entretenir des relations diplomatiques avec d’autres Etats,
On est très clairement sur une réalité encore loin du projet. Par contre, ces reconnaissances légitiment la solution à deux Etats, et permettent d’envisager le processus de sa mise en place.
Un geste honorifique qui dit non à l’extermination des palestiniens
Les attaques du 7 octobre par le Hamas ont rapproché plusieurs Etats (alliés ou pas) d’Israël, et éloignés du même coup l’option de la solution à deux Etats. Notamment la France qui pourtant historiquement soutient la solution à deux Etats.
Par contre, depuis les rapports de famine, des blocus imposés par Israël sur l’entrée de nourriture, des attaques menées par Israël qui font majoritairement des victimes civiles, et des projets de colonisation en Cisjordanie, plusieurs voix se sont soulevées pour empêcher l’éradication des Palestiniens.
Le Canada a ainsi évoqué son accord aux principes fondateurs de l’ONU, et son attachement aux droits fondamentaux pour justifier sa position. La France de son côté a évoqué sa fidélité au Proche Orient, et la paix qu’elle veut entre les peuples palestienien et israélien.
Cette reconnaissance pour se faire valoir va exiger un travail colossal. Ce travail inclut la multiplication de rapports de tous genres avec l’autorité palestinienne. Mais aussi des négociations pour amener Donald Trump à partager la même position. Jusqu’à preuve du contraire, la clé de la reconnaissance d’un Etat Palestinien souverain réside à Washington.
Réactions du côté d’Israël
Comme l’on pouvait s’y attendre, la pilule ne passe pas du côté israélien. Dans une vidéo diffusée ce dimanche, le premier ministre isralelien a déclaré: “J’ai un message clair pour les dirigeants qui reconnaissent un Etat palestinien après le massacre atroce du 7 Octobre : vous offrez une récompense énorme au terrorisme…J’ai un autre message pour vous : cela n’arrivera pas. Aucun Etat palestinien ne verra le jour à l’ouest du Jourdain.”
Ce vendredi 26 septembre, il doit s’exprimer devant l’assemblée générale de l’ONU. Et se rendre le lundi 29, après la célébration du nouvel an juif, à la Maison Blanche pour un entretien avec Donald Trump. Après ces rencontres, il annoncé que des mesures de représailles seraient prises.
La crédibilité d’Israël depuis quelque temps est plus qu’en péril. Après avoir fait échouer à plusieurs reprises des négociations qui pourtant donnaient des fruits, il en sort clairement que la libération des otages ne fait pas partie des objectifs du gouvernement israélien. Et depuis l’annonce de la volonté de la France de reconnaitre un Etat Palestinien, deux discours qui ne s’alignent point ont été tenus par Benjamin Netanyahou.
Dans un premier temps, il a soulevé une objection à cette reconnaissance, la percevant comme une récompense au groupe terroriste Hamas. Pour ensuite, dans un second temps, dire qu’aucun Etat Palestinien ne verra le jour car il considère que la terre leur appartient. Ces discours montrent deux positions très différentes.
Toutefois, il est évident que Benjamin Netanyahou ne se préoccupe pas d’un isolement international, tant que ses objectifs sont atteints.


