Ces 6 et 7 juillet 2025, sous la présidence tournante de Lula, s’est tenu le 17è sommet des BRICS à Rio de Janeiro. Ce sommet a réuni les 11 pays émergents membres, et une dizaine de partenaires stratégiques. Dès le premier jour du sommet, les 11 pays membres ont exprimé leurs préoccupations via une note conjointe face à l’augmentation des mesures douanières. Ce sommet a été marqué par l’absence des présidents russes et chinois.

Les BRICS à leur genèse
Mentionné pour la première fois par Jim O’Neil dans sa note de recherche “Bulding Better Global Economic BRICs” publié en novembre 2001, ce groupe de pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine) était plus une perspective qu’une réalité. En 2009, lors de leur premier sommet à Ekaterinbourg en Russie, les BRIC ont vu le jour. Progressivement, ils vont s’élargir pour devenir les BRICS, avec l’entrée de l’Afrique du Sud. Puis s’ajouteront d’autres pays tels que l’Egypte, les Emirats Arabes Unis… En 2025, ce groupe représente près de 51% de la population mondiale, et 40% du PIB mondial.
Ce groupe, qui a plus le format d’un club que celui des alliances communément connues comme l’OTAN, l’UE, se présente comme un autre pôle de pouvoir outre celui des occidentaux. Ils affichent la volonté de jouer un rôle plus important dans les institutions internationales comme la Banque Mondiale, le FMI, l’ONU, l’OMC et autres. Ils prônent une multipolarité, avec la fin de la suprématie du dollar, et un monde qui n’était pas dirigé que par les riches. Le groupe entend également réformer le Conseil de sécurité. C’est un sujet qui revient à chaque sommet.
L’Unité au sein d’un BRICS
Les BRICS ne sont pas un groupe homogène. S’ils affichent parfois une même position sur certains sujets, il faut tout de même faire le constat de cette hétérogénéité qu’il y au sein du groupe. En ce qui concerne la gouvernance interne, il y a des régimes et des modèles économiques différents. En géopolitique, ils n’ont pas toujours les mêmes positions en ce qui concerne les enjeux sécuritaires, et doivent parfois régler des différends entre eux. C’est une coalition qui fonctionne de façon informelle, et qui aborde chaque problème de façon ponctuelle.
Les enjeux de ce Sommet à Rio
Outre l’importance diplomatique de ce sommet, celui-ci s’est tenu dans une atmosphère multidimensionnelle. Depuis la prise de pouvoir de Donald Trump, il ne cesse d’afficher des velléités d’un système unilatéral économique et diplomatique. L’augmentation des droits de douanes, la mise en branle du système mondial de l’après-guerre, la fragilité de la région du Moyen-Orient sont des sujets que l’on s’attende à ce que le BRICS se prononce dessus.
Un appel à un cessez-le-feu
Dans leur communiqué, les BRICS ont appelé à un retrait des troupes israéliennes de la bande de Gaza, et ont appelé à un cessez-le-feu complet. Sans mentionner les Etats-Unis et Israël, ils ont également condamné les attaques perpétrés contre l’Iran en juin dernier, les qualifiant d’une violation du droit international. Cette condamnation hausse un peu le ton par rapport à la déclaration du 24 juin, où le groupe se disait profondément préoccupé par ces attaques.
Inquiétude face aux droits de douanes unilatéraux
Les BRICS ont exprimé leurs préoccupations face à la hausse des droits de douanes, sans nommer Donald Trump. “Nous exprimons de sérieuses préoccupations face à l’augmentation de mesures douanières et non-douanières unilatérales qui faussent le commerce”, ont-ils déclaré dans leur déclaration conjointe. Ils estiment que de telles mesures nuisent aux perspectives de développement mondial.
Une régulation pour l’IA
Conçu pour une gouvernance plus juste, les BRICS ont inclus l’intelligence artificielle dans leurs sujets de ce sommet. D’un commun accord, ils ont appelé à réguler le secteur de l’intelligence artificielle qui est en pleine expansion. Ils ont appelé également à la protection des droits de propriété intellectuelle, et à la mise en place de mécanismes de rémunération justes. Lula a par ailleurs considéré que “Le développement de l’intelligence artificielle ne peut être réservé à quelques pays ou être un moyen de manipulation aux mains de milliardaires”.
Réactions suite au Sommet de Rio
Les déclarations des BRICS sur les droits de douane, sans directement attaquer Washington, ont soulevé la colère de Trump. Sur la plateforme Truth Social, il s’est exprimé pour dire que “tout pays s’alignant sur les politiques anti-américaines des Brics se verra appliquer un droit de douane SUPPLEMENTAIRE de 10%. Il n’y aura pas d’exception à cette politique”.
D’un côté la Chine, la plus grande puissance économique de cette coalition, et la Russie ont tenté d’apaiser la situation. Via Mao Ning, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, la Chine déclare qu’elle a toujours affirmé sa position selon laquelle les guerres commerciales et tarifaires ne font pas de gagnants et que le protectionnisme ne permet pas d’avancer. Et la Russie, par l’intermédiaire du porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a assuré que l’interaction au sein des Brics n’a jamais été et ne sera jamais dirigée contre des pays tiers.
Le Brésil quant à lui, déclare par son président que “Nous ne voulons pas d’un empereur. Nous sommes des pays souverains; S’il pense qu’il peut taxer, les autres pays ont le droit de taxer aussi. Il y a la loi de la réciprocité”.


