loader-image
Port-au-Prince, HT
11:15 pm, Feb 3, 2026
temperature icon 20°C

Tout comprendre sur l’affaire Stephora : sécurité bafouée, enquête floue et soupçons de racisme

République dominicaine, mardi 2 décembre 2025 - Stephora Anne-Mircie Joseph avait fêté ses 11 ans le 5 novembre. Enfant unique, elle était venue au monde après trois grossesses perdues, née à seulement six mois de gestation. Sa mère, Loveli Joseph, la présentait comme “un miracle”, une enfant lumineuse, talentueuse et douce. Brillante à l’école, excellente en mathématiques, fière de son parcours de mannequin, Stephora avait même participé au RD Fashion Week 2025. Dans une de ses présentations artistiques, elle avait écrit un texte sur la valeur intrinsèque de chaque être humain : « Tel que nous sommes, nous sommes précieuses, belles et magnifiques, car Dieu nous a créées ainsi. »

République dominicaine, mardi 2 décembre 2025 – Stephora Anne-Mircie Joseph avait fêté ses 11 ans le 5 novembre. Enfant unique, elle était venue au monde après trois grossesses perdues, née à seulement six mois de gestation. Sa mère, Loveli Joseph, la présentait comme “un miracle”, une enfant lumineuse, talentueuse et douce.

Brillante à l’école, excellente en mathématiques, fière de son parcours de mannequin, Stephora avait même participé au RD Fashion Week 2025. Dans une de ses présentations artistiques, elle avait écrit un texte sur la valeur intrinsèque de chaque être humain : « Tel que nous sommes, nous sommes précieuses, belles et magnifiques, car Dieu nous a créées ainsi. »

Une mort en excursion scolaire qui reste entourée d’incertitudes

Le 14 novembre 2025, Stephora est décédée lors d’une sortie récréative organisée par son école, le Colegio Leonardo Da Vinci, dans les installations de la Hacienda Los Caballos, à Santiago.

Dix-sept jours après les faits, les circonstances exactes du drame restent toujours inconnues, plongeant la famille dans une souffrance amplifiée par le silence et l’absence d’explications.

Selon le récit de la mère, relayé sur Radio Magik 9, tout a commencé par un premier appel de l’école signalant un malaise. Quelques minutes plus tard, un second appel affirmait qu’il fallait se rendre d’urgence sur les lieux.

À son arrivée, elle a découvert une scène “chaotique”, avec policiers, ambulances et agitation. C’est finalement un policier, et non un responsable de l’établissement, qui lui a annoncé la mort de sa fille.

Manque de transparence : vidéos retenues, autopsie retardée

La famille affirme que :

  • Aucune vidéo de surveillance n’a été remise, alors que la Hacienda Los Caballos dispose de 14 à 20 caméras.
  • L’autopsie a été réalisée sans que la famille en soit informée.
  • Les résultats devraient prendre “un mois”, une attente ressentie comme inhumaine.
  • L’école n’a fourni aucune explication officielle.

Ces zones d’ombre ont poussé la procureure générale dominicaine, Yeni Berenice Reynoso, à reprendre personnellement le dossier. Elle a chargé le directeur de la Poursuite, Wilson Camacho, et la responsable des affaires de mineurs, Olga Diná, de superviser l’enquête.

Elle aurait reconnu auprès de la famille un manque d’empathie du parquet local dans les premiers jours du dossier.

Un cas de harcèlement scolaire répété

Au-delà du drame, plusieurs témoignages viennent éclairer un autre aspect douloureux de la vie de Stephora : elle était victime de harcèlement scolaire.

Sa mère révèle que la fillette voulait “changer la couleur de sa peau”, car certains élèves la traitaient de : « maudite noire », « maudite Haïtienne »

Pour l’aider à renforcer son estime personnelle, sa mère l’avait inscrite en cours de mannequinat.

Elle y avait brillamment progressé, apprenant à s’aimer et à valoriser son identité. Lors d’une présentation, elle avait déclaré devant un public ému : « Nous n’avons pas besoin de nous comparer aux autres… Dieu nous a créés ainsi. »

Des mots puissants, aujourd’hui perçus comme le message d’une enfant qui se battait contre la cruauté du racisme.

La question du racisme : une douleur partagée par de nombreux Haïtiens

Le harcèlement vécu par Stephora n’est pas un cas isolé.

Son histoire résonne avec celle de nombreux enfants haïtiens scolarisés en République dominicaine, confrontés à :

  • des insultes liées à leur couleur de peau,
  • des préjugés contre leur nationalité,
  • des discriminations en milieu scolaire,
  • un manque de protection institutionnelle.

Le racisme anti-haïtien en RD a une longue histoire et demeure une réalité sociale qui alimente violences, humiliations et exclusions. L’affaire Stephora relance un débat urgent :

les enfants haïtiens sont-ils suffisamment protégés dans les écoles dominicaines ?

Pourquoi les plaintes répétées de Loveli Joseph n’ont-elles entraîné aucune action corrective de la part de l’établissement ?

Une enquête nationale et un appel international à la justice

Face à la mobilisation croissante, le père de Stephora a lancé en ligne une campagne de signatures intitulée :

“Verdad, justicia y protección para Stephora Anne-Mircie Joseph”.

L’affaire a désormais franchi les frontières : des médias internationaux commencent à s’y intéresser, alertant sur la gravité de la situation.

La famille réclame :

  • la vérité sur les circonstances du décès,
  • l’accès aux vidéos de surveillance,
  • des sanctions si des négligences ont été commises,
  • une enquête transparente,
  • des mesures de protection contre le racisme et le harcèlement dans les écoles dominicaines.

Une mère brisée, une société interpellée

Depuis la mort de sa fille, Loveli Joseph vit dans un état de traumatisme permanent :

« Je me lève encore croyant l’entendre à 5 h du matin… Je continue de préparer sa boîte à lunch… Je n’arrive pas à accepter que ma fille est morte, et dans ces conditions. »

Cette douleur irrépressible s’accompagne d’un sentiment d’injustice profonde :

une enfant vulnérable, harcelée, insultée, moquée pour sa couleur et son origine, est morte sous la responsabilité de son école — sans explication.

Une affaire emblématique : sécurité, discrimination et droits de l’enfant

L’histoire de Stephora met en lumière trois enjeux majeurs :

1. La sécurité des élèves lors des activités scolaires

  • supervision insuffisante ?
  • protocole d’urgence respecté ?
  • accès restreint aux vidéos ?

2. Le harcèlement racial envers les enfants haïtiens

  • quelles mesures pour prévenir le racisme en milieu scolaire ?
  • comment les écoles répondent-elles aux plaintes des parents ?

3. Le droit à la vérité

  • pourquoi tant de lenteurs et d’opacité ?
  • quelles responsabilités institutionnelles ?

Le cas de Stephora dépasse le cadre d’une tragédie individuelle.

Il questionne : la sécurité des élèves, la protection des enfants vulnérables, la réponse des institutions éducatives, et la dérive raciste persistante envers les Haïtiens en République dominicaine.

En attendant les conclusions officielles de l’enquête, c’est une famille détruite qui réclame justice, et une société interpellée sur les violences souvent invisibles subies par les enfants d’origine haïtienne.

Partager cet article :

Articles similaires