Ce mercredi 3 août, la télévision d’Etat chinoise a capturé une image historique que les médias du monde entier ont relatée par la suite. Les clichés des présidents chinois, Xi Jinping, russe, Vladimir Poutine, et du leader nord coréen, Kim Jong Un. Ensemble, ils ont assisté à une parade militaire géante, qui célèbre les 80 années de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Aucun dirigeant occidental n’a été invité.

Cette présentation publique des trois dirigeants russe, chinois et nord coréen est historique. C’est pour la première fois que les trois se sont affichés ensemble. La présence de Kim Jong Un qui a quitté son territoire depuis 2023 lors d’un voyage en Russie, et qui ne voyage que très rarement depuis son ascension au pouvoir en 2011 envoie un signal très fort.
Le président Xi a reçu, et partagé les amabilités avec une vingtaine de dirigeants étrangers, avant de prendre place sur la place Tiananmen avec Poutine à sa droite, et Kim à sa gauche pour assister à une parade monstre des forces armées chinoises.
Une démonstration inédite de la puissance de frappe chinoise
Le défilé militaire est marqué par les parades de quelque 10 000 soldats, le lancement de salves de canon, et des chants patriotiques entonnés par des milliers de participants. La Chine a aussi présenté des équipements militaires de dernier cri, au son d’une musique de victoire et devant une foule enthousiaste.
L’une des démonstrations qui a marqué les esprits est le missile DF-5C, qui serait la dernière version du missile balistique intercontinental DF-5, avec la capacité de transporter des têtes nucléaires et de frapper n’importe où sur le globe, selon le journal étatique Global Times.

Deux drones sous-marins, dont le premier (AJX002) serait lié aux missions de reconnaissance, et le second (HSU100) capable de poser des mines sans équipage, selon ce qu’a affirmé à l’AFP le spécialiste du matériel naval de défense, Alex Luck, ont également été présentés.

Quatre missiles antinavires, pouvant être lancés depuis des bateaux ou des avions ont aussi été présentés. Ces missiles (YJ-15, YJ-17, YJ-19, YJ-20) seraient hypersoniques (capacité de voler à une vitesse qui fait au minimum cinq fois celle du son).

Plusieurs autres engins tout aussi impressionnants ont été exhibés, des armes laser, des navires sans pilotes conçus pour des opérations de déminage et autres


Un Trump sarcastique, mais peut-être à l’origine de cette union
Sur son réseau Truth, le président américain, non invité à ce sommet, rage et envoie un message sarcastique dans lequel il souhaite une excellente célébration au peuple chinois et à leur président, pour ensuite transmettre ses chaleureuses salutations à Vladimir Poutine et à Kim Jong Un, lesquels conspirent contre les Etats-Unis selon lui. Toutefois, selon plusieurs experts, Donald Trump serait lui-même à l’origine de ce rapprochement sino-russe-nord coréen.
La guerre commerciale lancée par Donald Trump a créé un effet de méfiance même à l’égard de ses alliés. En imposant des droits de douane élevés à la Chine et à l’Inde, tout en essayant de se rapprocher de Vladimir Poutine et de Kim Jong Un, ce climat a créé une occasion de rapprochement entre les trois puissances nucléaires que sont l’Inde, la Chine et la Russie.
La Russie et la Chine ont signé un protocole d’accord pour le gazoduc “Force de Sibérie”, et ont décidé d’augmenter à 44 milliards de mètres cubes la capacité du gazoduc, au lieu des 38 milliards. Alors que l’Inde et la Chine connaissent une nouvelle phase dans leur relation bilatérale, laquelle était en froid depuis quelques années. Donald Trump aurait ainsi incité ces pays à mieux s’entendre entre eux.
L’occident voit d’un très mauvais œil ce rapprochement
Outre Donald Trump, la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a mal vu cette rencontre. Devant la presse à Bruxelles, elle affirme que cette union n’envoie pas que des signaux anti-occidentaux, mais aussi un défi direct au système international qui est basé sur des règles, et que ce défi n’est pas symbolique.
Ce sommet est très marquant. Dans son discours qu’il a prononcé debout dans sa voiture à toit ouvrant, Xi Jinping qualifie d’inarrêtable l’ascension de la Chine, tout en appelant l’humanité à choisir la paix et le dialogue. Il faut encore attendre quelque temps pour savoir dans quelle mesure ce sommet va impacter la donne des relations internationales, mais la Chine a envoyé un message puissant, en se dressant comme une alternative face à l’hégémonie américaine, et comme le porte-voix des pays du Sud. Mais également en démontrant une force de dissuasion à la pointe de la technologie.
Comme l’a mentionné le chercheur à la National University de Singapour, Lam Peng Er, la Chine a démontré l’étendue de son influence politique. Il arrive à faire sortir de chez lui le très réservé Kim Jong Un, alors même qu’il est réticent à rencontrer le président américain, et le président sud-coréen Lee Jae Myung, malgré ses actes de bonne foi posés à l’égard de la Corée du Nord.
Samuel Mintor


