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L’ONU qualifie la traite transatlantique de crime le plus grave contre l’humanité 

Mercredi 25 mars - Dans l’enceinte de l’ONU, en Assemblée Générale aujourd’hui, une résolution historique a été adoptée. Une résolution qui porte en elle la mémoire de millions de victimes et d’oubliés, qualifiant la traite transatlantique des esclaves de crime. Soit le plus grave contre l'humanité. Par ce texte, la traite des Africains et l’esclavage racialisé des Africains constituent des violations du jus cogens, il importe de remédier aux torts historiques subis par les Africains et les personnes d’ascendance africaine de sorte à contribuer à la justice, aux droits humains, à la dignité et à l’apaisement, a déclaré le document de l’Assemblée générale.

Mercredi 25 mars – Dans l’enceinte de l’ONU, en Assemblée Générale aujourd’hui, une résolution historique a été adoptée. Une résolution qui porte en elle la mémoire de millions de victimes et d’oubliés, qualifiant la traite transatlantique des esclaves de crime. Soit le plus grave contre l’humanité. 

UN News/Elizabeth Scaffidi Un mémorial de l’esclavage à Stone Town, à Zanzibar, en Tanzanie.
UN News/Elizabeth Scaffidi Un mémorial de l’esclavage à Stone Town, à Zanzibar, en Tanzanie.

Par ce texte, la traite des Africains et l’esclavage racialisé des Africains constituent des violations du jus cogens, il importe de remédier aux torts historiques subis par les Africains et les personnes d’ascendance africaine de sorte à contribuer à la justice, aux droits humains, à la dignité et à l’apaisement, a déclaré le document de l’Assemblée générale.

Après des siècles de silence, de déni et de demi-vérité, ce texte cesse de reléguer cette entreprise de déshumanisation à l’échelle mondiale à une simple tragédie parmi d’autres. La résolution a recueilli 123 voix pour, 3 contre et 52 abstentions. Le texte, quoique non contraignant, vise à reconnaître l’ampleur et les conséquences durables de l’esclavage, et à ouvrir la voie à la justice et à des excuses historiques.

Le Ghana à l’initiative d’une reconnaissance éternelle

Cette résolution historique a été initiée par le Ghana, qui se veut porte-parole de tout un continent, et de tous ceux d’origine africaine. Le président ghanéen, John Dramani Mahama, conscient de l’importance primordiale d’une telle résolution, a fait le déplacement à New York pour marquer le moment. S’exprimant au nom des Etats africains, soit le bloc régional le plus important au sein des Nations unies, il a déclaré : “Aujourd’hui, nous nous rassemblons dans une solidarité solennelle pour affirmer la vérité et ouvrir la voie à la guérison et à la justice réparatrice ». 

Un rappel a été fait du sort de 13 millions d’hommes et de femmes, qui ont pendant quatre siècles, été volés, méprisés, déportés, mis aux fers et réduits à l’expression la plus dégradante qui soit. 

Cette adoption, comme l’a si bien mentionné le président ghanéen, sert de garde-fou contre l’oubli. Une mémoire qui affirme la vérité, et refuse de négocier avec l’effacement de son passé. Le président a pointé du doigt les politiques d’aujourd’hui, notamment les Etats-Unis, qui effacent doucement cette mémoire en bannissant les livres  et les bibliothèques publiques au travers desquelles le sujet se transmet.

Une résolution qui expose l’esclavage comme un crime qui dépouille l’humain de toute son humanité

La résolution considère la traite des Africains réduits en esclavage, et l’esclavage racialisé des Africains comme les crimes les plus graves contre l’humanité. Elle met l’accent sur le dépouillement de leur humanité fondamentale, privée même de leur identité, et contrainte d’endurer des générations d’exploitation, trimant dans des champs de coton, des plantations de canne à sucre et de café, sous une chaleur accablante et le claquement du fouet.

Le texte accentue son argumentaire sur la rupture décisive qu’a provoqué l’esclavage dans l’histoire mondiale de par son ampleur, sa durée, son caractère systémique, sa brutalité et ses conséquences durables sur les peuples. Des conséquences qui se font encore ressentir aujourd’hui au travers des systèmes racialisés de travail, de propriété et de capital. Il appelle à la réparation des torts historiques subis par les Africains, et par les personnes d’ascendance africaine, afin de renforcer la justice, et de protéger les droits humains. 

La résolution souligne l’importance de transformer les systèmes qui perpétuent la discrimination, et d’élargir les possibilités pour les communautés affectées. Elle rappelle aussi le rôle des mouvements de résistance, comme la révolution haïtienne de 1804, qui a conduit à l’indépendance d’Haïti, première nation libre fondée par d’anciens esclaves. 

Un texte problématique pour certains

Le représentant des Nations-Unies auprès du Conseil économique et social, l’ambassadeur Dan Negrea, a fait état de pas mal de problèmes rencontrés pour l’adoption du texte. Il a affirmé que Washington tenait encore une fois à rappeler aux Nations-Unies, que l’existence de l’institution se résume au maintien de la paix et de la sécurité internationales, et non pour la promotion d’intérêts et de programmes étroits et spécifiques. Un argument, si l’on juge bien, se trouve être léger et versatile, puisque l’esclavage représente tout ce qui a de plus opposé au maintien de la paix.

Les anciennes puissances colonialistes refusent d’adopter la résolution

D’emblée, certaines puissances qui ont pour la plupart incorporé cet ordre raciste, et qui se sont enrichi grâce à lui, ont manifesté leur réticence à l’adoption de la résolution. Les Etats-Unis, Israël  et l’Argentine ont voté contre, refusant de reconnaitre l’esclavage comme le crime le plus grave contre l’humanité. Les Etats-Unis ont avancé ne “reconnaître aucun droit légal à des réparations pour des torts historiques, qui n’étaient pas illégaux au regard du droit international au moment où ils se sont produits.” À côté des Européens, ils ont justifié leur position par le refus de hiérarchiser les crimes. 

Photo de l'ONU/Manuel Elías Résultats du vote de l'Assemblée générale sur la résolution déclarant la traite des Africains réduits en esclavage comme étant le plus grave crime contre l'humanité.
Photo de l’ONU/Manuel Elías Résultats du vote de l’Assemblée générale sur la résolution déclarant la traite des Africains réduits en esclavage comme étant le plus grave crime contre l’humanité.

Encore un argument qui sonne creux, puisque le droit international classe et hiérachise les crimes, qualifiant certains de crimes de guerre, crimes contre l’humanité, et de génocide, allant même jusqu’à enlever le mécanisme juridique de prescription à leur encontre. Loin de la moralité dont se prévaut leur argument, ces États semblent plus vouloir se positionner à une distance confortable entre le passé et le présent, refusant d’assumer la pleine responsabilité de leurs actes odieux.

Le Ghana hausse le ton, ils ne veulent pas assumer leur responsabilité

Le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, n’a d’ailleurs pas eu sa langue en poche, en pointant directement du doigt les concernés. “Les responsables de la traite transatlantique des esclaves sont connus, les Européens, les États-Unis, nous attendons qu’ils fassent tous des excuses formelles à l’Afrique, et pas des excuses molles comme certains l’ont fait dans le passé”, a t-il- déclaré. Il a également brisé la prudence diplomatique dont certains veulent en faire preuve, les accusant de refuser de reconnaître leurs crimes. 

“Nous ne classons pas la douleur. Nous ne disons pas que notre souffrance a plus de valeur que la vôtre”, a déclaré le chef de la diplomatie ghanéenne, qui a assuré chercher à la compléter en créant un cadre propice à la réconciliation

L’esclavage, une grave violation des droits de l’homme selon les représentants de l’ONU

En pleine commémoration de la “Journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage”, les faits qui ont caractérisé cette période ont résonné au sein de la salle de l’Assemblée générale. Le 25 mars, a été choisi en référence à l’adoption, en 1807 au Royaume-Uni, de la loi sur l’abolition de la traite des esclaves.

Pour la Présidente de l’Assemblée générale, Annalena Baerbock, “la traite des esclaves et l’esclavage figurent parmi les violations des droits de l’homme les plus graves de l’histoire de l’humanité, un affront aux principes mêmes consacrés par la Charte de nos Nations Unies et la Déclaration universelle des droits de l’homme, nées elles-mêmes, en partie, de ces injustices du passé”.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a rappelé que les blessures causées par cet ordre mondial restent encore profondes. “Nous devons désormais lever les obstacles persistants qui empêchent tant de personnes d’ascendance africaine d’exercer leurs droits et de réaliser leur potentiel.” “Nous devons nous engager, pleinement et sans hésitation, en faveur des droits de l’homme, de l’égalité et de la dignité inhérente à chaque personne, a-t-il déclaré.

Photo de l'ONU/Manuel Elías Le Secrétaire général António Guterres s'adresse à l'Assemblée générale des Nations Unies à l'occasion de la Journée internationale du souvenir des victimes de l'esclavage et de la traite transatlantique des esclaves.
Photo de l’ONU/Manuel Elías Le Secrétaire général António Guterres s’adresse à l’Assemblée générale des Nations Unies à l’occasion de la Journée internationale du souvenir des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves.

Le chef de l’ONU s’en est pris à ceux qui (partisans et bénéficiares de l’esclavage), pour justifier l’injustifiable, ont construit une idéologie raciste et transformé des préjugés en pseudo-science. Il a appelé un certain nombre important d’Etats, à éradiquer le racisme systémique, à accélérer un développement inclusif en garantissant l’accès égal à l’éducation, la santé, l’emploi, au logement et à un environnement sûr. Ce qui, selon lui, demande un respect total de la souveraineté des Etats africains, qui doivent en disposer pleinement de leurs propres ressources naturelles.

Un pas important qui renforce le processus d’humanisation

La reconnaissance de l’esclavage comme le crime le plus grave contre l’humanité au sein du concert des Etats, est un grand pas, un pas considérable, mais elle est loin d’être suffisante. Aussi imparfaite que puisse être cette résolution, elle pose désormais une question qui ne peut être évitée. Comment réparer un tel crime?

Ce crime n’appartient pas qu’au passé, elle respire encore dans les fractures du présent. Il faut l’assumer, le réparer, et y faire face. Son ampleur ne permet point de neutralité, aucune abstention ne saurait être considérée comme telle, d’autant plus si elle vient des anciens bourreaux. 

L’histoire a été marquée dans cette résolution. La traite d’êtres humains, leur réduction aux conditions de bête de sommes par des systèmes étatiques durant près de 400 ans ne seront jamais des crimes sans sépultures. Jamais des mémoires sans repos.

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